La France n’a jamais compté autant de créations d’entreprises. En 2025, plus de 1,2 million de nouvelles structures ont vu le jour. Un record historique !
Mais derrière cette vitalité entrepreneuriale se cache une réalité plus contrastée : la croissance reste faible, les marges des entreprises se contractent et les défaillances repartent à la hausse.
C’est le diagnostic posé par la dernière étude de l’Observatoire BPCE sur la situation économique et démographique des entreprises.
Une photographie du tissu entrepreneurial français qui révèle un paradoxe : le nombre d’entreprises continue d’augmenter alors même que leur environnement économique se tend.
Et ce phénomène se retrouve très concrètement en Auvergne-Rhône-Alpes et dans le Puy-de-Dôme, où les créations restent dynamiques malgré un climat des affaires jugé prudent par de nombreux dirigeants.
Une économie française toujours en croissance… mais au ralenti
En 2025, la croissance du PIB français s’établit à 0,9 %, un rythme modéré mais proche de la moyenne de long terme.
Selon l’analyse du groupe BPCE, cette progression repose en grande partie sur la reconstitution des stocks des entreprises, alors que la consommation et l’investissement restent hésitants.
Dans ce contexte, le climat des affaires s’est légèrement redressé en fin d’année après un point bas observé durant l’été. Mais les entreprises continuent d’évoluer dans un environnement marqué par plusieurs incertitudes : niveau des taux d’intérêt, tensions géopolitiques et visibilité économique limitée.
Une démographie entrepreneuriale toujours plus dynamique
Dans ce contexte pourtant peu porteur, la France continue de voir émerger un nombre record d’entreprises.
En 2025, 1,2 million de créations ont été enregistrées, soit une progression d’environ 5 % sur un an.
La transformation du tissu entrepreneurial se confirme : près des deux tiers des créations correspondent désormais à des micro-entreprises.
Cette évolution reflète plusieurs tendances structurelles : reconversions professionnelles, développement de l’économie de services, essor du travail indépendant et multiplication d’activités à faible capital initial.
Mais cette dynamique démographique ne signifie pas nécessairement un renforcement du tissu productif. Une part importante de ces structures reste de petite taille et parfois fragile face aux aléas économiques.
Des défaillances qui retrouvent leur niveau d’avant-crise
Dans le même temps, les défaillances d’entreprises poursuivent leur remontée.
En 2025, 68 650 procédures collectives ont été recensées, soit une hausse de 2 % sur un an.
La fréquence des défaillances atteint 1,11 % des entreprises, un niveau désormais proche de celui observé avant la crise sanitaire.
Certains secteurs apparaissent particulièrement exposés. L’immobilier et la construction restent fragilisés par la remontée des taux et le ralentissement du marché, tandis que l’industrie subit encore les effets des coûts énergétiques et de la faiblesse de la demande.
Pour les économistes du groupe BPCE, cette évolution marque surtout un retour à une situation plus normale après plusieurs années de soutien public exceptionnel.
Mais elle souligne aussi la fragilité d’une partie du tissu entrepreneurial dans un contexte de croissance limitée.
En Auvergne-Rhône-Alpes, une dynamique entrepreneuriale qui se confirme
À l’échelle régionale, Auvergne-Rhône-Alpes suit globalement la tendance nationale.
Entre janvier et novembre 2025, la région totalise 123 678 créations d’entreprises, soit une progression de 3,5 % sur un an.
En novembre, 11 030 nouvelles structures ont été enregistrées, malgré un léger recul mensuel de 0,6 % par rapport à novembre 2024.
Comme au niveau national, la micro-entreprise domine largement, représentant 66,7 % des créations.
Certains secteurs apparaissent particulièrement dynamiques : les activités scientifiques et techniques, les services aux entreprises, l’information-communication ou encore le commerce de détail.
L’industrie présente un profil plus contrasté. Si les créations ont reculé en fin d’année (-12,9 % en novembre), elles restent en progression de +8,3 % sur l’ensemble de l’année, témoignant d’un tissu industriel toujours actif dans la région.
Le Puy-de-Dôme confirme sa vitalité entrepreneuriale
Dans ce paysage régional, le Puy-de-Dôme figure parmi les territoires les plus dynamiques.
En novembre 2025, 688 entreprises y ont été créées, soit une légère baisse mensuelle de 1,3 %, mais une progression annuelle de +5,8 %, supérieure à la moyenne régionale.
Autre caractéristique locale : la part des micro-entrepreneurs y atteint 70,1 % des créations, un niveau encore plus élevé que dans le reste de la région.
Dans les autres départements auvergnats, les évolutions apparaissent plus contrastées :
- Allier : 289 créations en novembre (+2,6 % sur l’année)
- Haute-Loire : 219 créations (+4,3 %)
- Cantal : 101 créations (-2,4 %)
Au total, les quatre départements auvergnats représentent près de 11,7 % des créations régionales, pour un poids démographique inférieur, ce qui traduit un entrepreneuriat relativement actif sur le territoire.
Un climat économique local jugé prudent par les dirigeants
Malgré cette dynamique de créations, le climat économique reste mesuré.
Une enquête menée par la Banque de France et la CCI du Puy-de-Dôme indique que la majorité des entreprises locales ont connu une baisse d’activité au cours de l’année 2025, accompagnée d’un recul des investissements et de tensions sur les trésoreries.
La situation économique a été évaluée à 3,7 sur 10 par les dirigeants interrogés.
Ce contraste entre vitalité entrepreneuriale et prudence économique reflète le diagnostic posé par l’étude BPCE : la démographie des entreprises reste dynamique, mais dans un environnement marqué par une croissance modérée et des marges sous pression.
Autrement dit, le nombre d’entreprises progresse plus vite que la solidité économique du tissu productif.
2026 : une année charnière pour le tissu entrepreneurial
Pour 2026, les perspectives restent prudentes.
Les entreprises devront composer avec plusieurs facteurs structurants : évolution des taux d’intérêt, visibilité budgétaire et fiscalité, mais aussi niveau de la demande.
Dans ce contexte, les territoires engagés dans les programmes Territoires d’industrie ou Petites villes de demain pourraient continuer à soutenir l’activité entrepreneuriale.
C’est notamment le cas de plusieurs bassins auvergnats comme Thiers, Issoire ou Ambert, où les politiques de développement économique cherchent à renforcer l’attractivité et la création d’activités.
Car derrière le record de créations d’entreprises se cache une question essentielle pour les années à venir : combien de ces nouvelles structures réussiront à se consolider durablement dans un environnement économique encore incertain.