Transporter du fret sans émission de CO₂, y compris dans les zones les plus difficiles d’accès : c’est le pari que se sont lancés Michelin et Voliris. Ensemble, ils développent la NATAC, une Navette Aérienne de Transport Automatique de Containers qui pourrait bouleverser les codes de la logistique mondiale.
Un aéronef hybride au service de la transition écologique
Imaginée par Voliris, société spécialisée dans les aéronefs innovants, la NATAC se présente comme un hybride entre dirigeable et avion-cargo.
L’objectif : assurer le transport de charges lourdes, jusqu’à 30 tonnes, sans dépendre d’aéroports classiques ni de pistes en dur. Une manière de limiter l’artificialisation des sols et de désenclaver des territoires dépourvus d’infrastructures lourdes.
L’appareil est conçu pour fonctionner à l’hydrogène, qui servira à la fois de gaz porteur et, à terme, de carburant. Automatisée et pilotée à distance, la navette pourra circuler sans équipage, en toute sécurité, jusque dans les zones les moins accessibles.
« En s’associant à Voliris, Michelin Inflatable Solutions façonne l’avenir des composites et du fret aérien », souligne le groupe clermontois, qui a fait de la décarbonation une priorité stratégique.
Michelin en première ligne sur l’aile-enveloppe
Le rôle du manufacturier auvergnat est décisif. Via sa filiale Michelin Inflatable Solutions, il apporte son expertise unique dans les composites polymères et leurs procédés d’assemblage. La pièce maîtresse du projet, l’“aile-enveloppe” de la NATAC, concentre en effet les plus grands défis technologiques.
Segmentée en cinq lobes, dotée d’un volume de 25 000 m³ et d’une surface de 8 000 m², elle doit résister à des contraintes extrêmes : pressions de gonflage, sollicitations mécaniques liées aux câbles de suspension, étanchéité parfaite à l’hélium puis à l’hydrogène. Livrée pliée sur site, elle est ensuite gonflée et assemblée à partir de dix containers standards. Un défi logistique autant que technique.
« Michelin met sa puissance d’innovation et son savoir-faire dans les composites polymères au service du développement d’un aéronef », insiste la direction, rappelant que le groupe développe depuis plus de 130 ans des solutions critiques pour les mobilités et l’aéronautique.

Un calendrier ambitieux
Après les essais en vol réussis d’un prototype réduit à l’échelle 1/7e, le projet entre désormais dans une phase industrielle. Voliris et Michelin prévoient la réalisation d’un premier démonstrateur grandeur nature d’ici 2028, étape clé pour valider la faisabilité de l’aile, les procédés industriels et les conditions d’assemblage sur site.
À terme, la NATAC doit pouvoir être déployée dans n’importe quelle région du monde, prête à être montée et opérationnelle en quelques jours. Sa modularité – livrable en containers standards et réutilisable – en fait une solution adaptée aussi bien à la logistique humanitaire qu’au transport industriel.
Un symbole de mutation industrielle
Au-delà du projet technique, la NATAC illustre un mouvement plus large : l’entrée du transport aérien dans une ère de décarbonation accélérée. Michelin, pionnier de la science des matériaux, y voit l’occasion d’étendre son savoir-faire bien au-delà du pneu.
« Grâce à sa maîtrise inégalée des matériaux et des composites polymères, Michelin innove constamment pour fabriquer des composants de grande qualité dans des domaines exigeants tels que la mobilité, l’aéronautique, les énergies à faible émission de carbone ou encore la santé », rappelle le groupe.
À travers ce partenariat, Michelin et Voliris démontrent que la transition écologique ne se limite pas aux annonces : elle se construit aussi dans les laboratoires, les usines et désormais… dans les airs.