Il est de ceux qu’on croise souvent. Ceux qui créent des ponts, relient les mondes, déclenchent des rencontres. Claude Servol fait partie de ces figures discrètes mais essentielles de l’économie locale. Tantôt automaticien, tantôt animateur de réseau ou photographe, il incarne une manière singulière d’entreprendre : enracinée, humaine, résolument multiple.
Le retour des afterworks, ou l’art de recréer du lien
C’est dans l’ambiance détendue d’un afterwork professionnel que le nom de Claude Servol revient souvent, comme une évidence. Et pour cause : ces rendez-vous qu’il relance en 2024, après une longue interruption liée au COVID, faisaient partie des temps forts du tissu économique local. « Avant 2020, on en organisait tous les trois ou quatre mois. On réunissait entre 50 et 80 personnes, avec une vraie dynamique collective », se souvient-il.
Longtemps mis en pause, ces moments informels de networking retrouvent un second souffle, répondant à un besoin partagé : celui de sortir des écrans, de retrouver l’humain. « On sentait que les gens en avaient besoin, parfois sans même s’en rendre compte. »
Pour cette reprise, pas de brise-glace formel, mais un jeu autour d’« invités mystères » qui encourage les échanges. Une mécanique légère mais efficace, dans l’esprit de Claude.
Un parcours en mosaïque, entre technique et relationnel
Claude Servol n’a pas toujours été l’homme des réseaux. Formé à l’électronique, l’automatisme et l’informatique, il commence sa vie professionnelle dans des univers très techniques. « Ce sont des domaines que j’aime toujours, mais où le lien humain quotidien est parfois plus ténu », confie-t-il. Progressivement, ses activités s’élargissent, au point de dessiner une trajectoire en « slasheur » avant l’heure.
Aujourd’hui, il partage son temps entre trois grandes activités : l’automatisme industriel, la gestion de Coworkit — un espace de coworking au cœur de l’Auvergne — et la photographie. « Chacune de ces activités m’apporte quelque chose.
Elles se nourrissent entre elles. Et même si l’automatisme reste, pour l’instant, celle qui me fait vivre le plus financièrement, les autres ont une place tout aussi importante dans mon équilibre. »

Le coworking comme prolongement de valeurs humaines
À travers Coworkit, Claude crée un lieu à son image : accueillant, accessible, vivant. « Ce n’est pas seulement un espace pour venir bosser, c’est un lieu de rencontres, de partages.
Un endroit où on ne vient pas uniquement brancher son ordi, mais où on peut aussi refaire le monde autour d’un café. »
Là encore, c’est le lien humain qui est au centre. Et lorsqu’il n’est pas dans ses bureaux, on le retrouve dans un autre de ses engagements.
Mo(uve)ments, pour mettre de la culture là où on ne l’attend pas
Claude Servol est également président de l’association Mo(uve)ments, un projet porté avec Pauline Vigier, dont la mission est d’introduire la culture dans des lieux inattendus : hôpitaux, écoles, usines.
« On a organisé des actions avec des artistes au centre Jean Perrin, dans les salles d’attente, ou dans des entreprises. L’idée, c’est de surprendre, d’injecter du sensible dans les espaces du quotidien. »
Le réseau, un lieu de transmission bienveillante
Mais c’est sans doute dans son rôle d’animateur de réseau qu’il se révèle le plus fédérateur. Depuis 2017, il préside un réseau d’entrepreneurs fondé en 2010, qui a pris sa forme associative actuelle en 2015.
Ouvert aux chefs d’entreprise comme aux porteurs de projets, ce réseau fonctionne sur une idée simple : créer des espaces de parole entre pairs. « C’est un lieu où on peut poser des questions qu’on n’oserait jamais formuler à son banquier, par exemple. Il n’y a pas d’enjeu immédiat, juste une envie d’échanger. »
Chaque premier vendredi du mois, le petit-déjeuner du réseau réunit une vingtaine de personnes autour d’un invité ou d’un thème utile à tous. « On essaie de proposer des sujets transverses, concrets, accessibles.
De la compta, du marketing, des retours d’expérience… L’important, c’est que chacun reparte avec quelque chose. » L’ambiance, elle, reste volontairement « à mi-chemin entre le trop rigide et le trop flou ». Un équilibre qui permet à chacun de trouver sa place.
Une cohérence dans la diversité
À écouter Claude Servol, on comprend vite que cette vie éclatée n’est pas un éparpillement, mais une cohérence. Un fil rouge lie toutes ses activités : la volonté de faire lien, de créer des ponts entre les gens, les disciplines, les univers. « Je ne peux pas dire que j’ai choisi ce parcours, mais il s’est construit ainsi. Et aujourd’hui, il me ressemble. »
Loin des figures classiques de l’entrepreneuriat, Claude incarne une forme d’engagement local, discret mais déterminant. Un homme qui ne cherche pas à briller, mais à faire circuler la lumière. À sa manière, il rend l’économie plus humaine. Et rien que pour cela, il méritait bien un portrait.