Un article rédigé par Stéphane LONGIN – RCF Haute-Loire,
Ce début d’année 2026 ressemble beaucoup à 2025. Entre incertitudes internationales et crise politique sous fond de discussions budgétaires, difficile d’y voir clair et de se projeter.
Un contexte compliqué pour les chefs d’entreprise qui espèrent un peu plus de stabilité mais aussi de liberté. C’est ce qu’a expliqué Antoine Wassner, le président de la CCI de Haute-Loire et PDG de l’entreprise familiale Sabarot-Wassner.
Il répondait, pour la matinale des radios RCF d’Auvergne, aux questions de Stéphane Longin.
Stéphane Longin : Comment les chefs d’entreprise que vous côtoyez abordent cette année 2026 ?
Antoine Wassner : Avec beaucoup d’inquiétude et avec beaucoup de questions. Mais aussi avec beaucoup d’attentisme, ce qui n’est pas bon pour l’économie. Car si les chefs d’entreprise attendent c’est souvent parce que leurs clients attendent eux aussi. Et cela donne rarement le bon climat pour prendre les bonnes décisions.
SL : Ils attendent pour embaucher ? pour investir ?
AW : Un peu les deux. Mais surtout l’investissement car dans les périodes où on a un peu peur et où on ne sait pas où on va, la tendance est à la frilosité et on se dit qu’on va attendre de voir. Et pourtant l’économie nous démontre souvent que ce n’est pas une bonne décision d’attendre. Car c’est souvent pendant les crises qu’on fait les meilleurs deals.
C’est dans ces moments qu’il faut investir car on prend souvent un temps d’avance sur ceux qui attendent. Réfléchir, mûrir une décision c’est bien. Mais à un moment il faut trancher et prendre une décision. Et ne pas laisser passer les opportunités.
Il y a des perspectives qui ne sont pas si mauvaises
SL : Mais quand les crises sont multiples, que les difficultés viennent de l’international et du contexte national. Qu’est ce qui peut être le déclencheur ?
AW : Il faut surtout prendre de la hauteur. Si on regarde les indicateurs on voit que l’économie ne se porte pas si mal que ça. La France a une croissance de 1%, ce n’est peut être pas génial, mais elle n’est pas en décroissance non plus. Autour de nous il y a des pays Européens qui se portent très bien comme l’Espagne et le Portugal. L’Angleterre qui repart également. Donc il y des perspectives qui ne sont pas si mauvaises.
SL : Cela veut dire que l’inquiétude est trop grande par rapport à la situation réelle ?
AW : Il y a de quoi être inquiet. La situation n’est pas simple. Mais il n’empêche qu’il y des situations différentes. Notamment pour le commerce qui est impacté par la frilosité des consommateurs locaux. Car à force d’entendre dans les médias et à la radio que la situation est difficile les clients se font plus rare. Ils ont moins envie de repeindre la chambre, de changer le poêle à bois ou de changer la voiture. Donc les commerçants subissent la situation, mais il faut tout de même utiliser cette période pour faire les bonnes transformations. Après, pour l’industrie c’est un autre métier. Il faut sentir les tendances, sentir les évolutions et ne pas les lâcher. Car si on commence à lâcher, on risque le décrochage. Donc il faut garder de l’ambition.
Il faut arrêter de donner autant de poids aux politiques
SL : L’actualité c’est aussi la reprise des débats autour du budget de l’Etat. Quelles sont les conséquences de cette situation pour les entreprises ?
AW : En soit, l’Espagne n’a pas de budget depuis 2 ans et pourtant l’économie explose. Donc il faut arrêter de donner autant de poids aux politiques. Eux aiment s’en donner, les journalistes aiment leur en donner. Mais quand on voit la Belgique qui est restée pendant 5 ans sans gouvernement et l’Espagne que j’évoquais à l’instant. Finalement l’économie continue. En revanche ce qui nous inquiète c’est la sanction, le changement des règles du jeu par l’Etat. Les dernières discussions nous ont donné l’impression que les chefs d’entreprise avaient tous les maux et qu’il fallait les taxer sur tout et n’importe quoi.
SL : Vous craignez de voir la fiscalité changer pendant l’année 2026 alors que les business plan sont fait ?
AW : Oui, car cela a été imaginé. Ce n’est pas passé mais espérons que cela ne recommence pas comme ça. Car c’est difficile pour un chef d’entreprise de prendre des décisions si on change les règles dans 6 mois. Par exemple, les changements autour des meublés locatifs ont fait que ceux qui avaient prévu d’investir, de faire travailler un plâtrier, n’ont pas fait leurs investissements car ils se retrouvent déstabiliser par les évolutions non programmées.
SL : Que faut-il reformer alors ? Ou absolument préserver dans les dispositifs de l’Etat ?
AW : Ce qui remonte des enquêtes réalisées par les CCI auprès des chefs d’entreprise, c’est qu’il y a une attente sur le régalien. La santé, la sécurité, la justice.. et d’avoir des infrastructures qui fonctionnent. Alors qu’aujourd’hui on a l’impression que le politique veut s’immiscer dans tout. Alors je ne vais pas me faire des amis en disant cela, mais j’ai déjà expliqué lors des Trophées de la CCI qu’il fallait arrêter de donner des subventions aux entreprises.
Stéphane Longin : Vous êtes allés plus loin en disant “arrêtez de nous subventionner (les entreprises) car à force vous rendez les patrons accros comme des toxicos”.
Antoine Wassner : Effectivement car aujourd’hui, dès qu’on pense projet il faut absolument une subvention qui va avec. Et ce n’est pas bon car pour payer cette subvention il faut bien prendre l’argent à quelqu’un. Et généralement aux chefs d’entreprise. Donc on prend dans les poches des uns pour donner aux autres. Finalement ce n’est pas sain comme climat. Il faut mieux laisser un peu plus de liberté aux entreprises.
SL : Vous dites aux parlementaires “laissez nous nous occuper de l’économie” ?
AW : Exactement. Alors attention il faut la réguler car on voit bien qu’il y a des abus. Il y a plein d’exemple notamment avec des abus sur des produits d’importation et on ne peut pas laisser entrer n’importe quoi en France. Pour nos agriculteurs aussi avec des produits qui viennent d’Amérique du Sud et qui n’ont pas les mêmes normes que ce qui est imposé aux agriculteurs. Ce sont des choses qui ne sont pas normales et on a besoin de l’Etat sur ces sujets. Par contre, donner un peu d’argent à tout le monde, il faut arrêter.
SL : Le budget est aussi particulièrement scruté par les CCI, dont celle que vous présidez en Haute-Loire. Avec des coupes budgétaires un temps annoncées. Que redoutez vous aujourd’hui ?
AW : Nous avons été entendus par les députés et sénateurs qui ont tous voté, à l’exception d’une personne, contre les coupes budgétaires et nous permettre de revenir à la trajectoire que nous avions négocié avec le gouvernement précédent. Cela fait plus de trois ans que nous avons conscience qu’il fallait faire un effort, qu’il fallait réduire (les coûts). Et toutes les agences ont montré cet exemple là avec pour nous un plan d’engagement et des étapes pour améliorer la situation au fur et à mesure. Mais là aussi, il (le gouvernement actuel) ont voulu changer la règle pour accélérer. Et les parlementaires ont rectifié les choses. Donc pour l’instant, nos CCI sont protégées car l’implication et l’investissement du dernier kilomètre des chambres de commerce et d’industrie auprès de n’importe quel chef d’entreprise ont été reconnus.
tout le monde doit faire les efforts
SL : Vous faites confiance aux élus pour que cela soit maintenu ?
AW : Oui mais j’ai un peu moins confiance en Bercy. Le ministère qui trouve plus facile de faire faire des économies à toutes les agences plutôt qu’à lui même. Je pense qu’il faut réduire le train de vie de l’Etat mais tout le monde doit faire les efforts. On parle juste d’une réduction globale de 2%. Nous, dans nos entreprises, baisser les charges de 2% on sait tous faire. Pourquoi l’Etat n’y arriverait pas ? Il ne faut pas imposer -30% aux agences et faire un +2% de l’autre côté pour l’Etat. Soit tout le monde fait un effort où on nous dit qu’on a pas d’utilité et il faut l’acter. Mais en l’occurrence les députés et sénateurs ont bien montré qu’on était utile.
SL : Difficile d’évoquer l’année 2026 sans parler des Elections Municipales de mars prochain. Qu’est ce que vous attendez, en tant que chef d’entreprise et président de CCI, des futurs maires ?
AW : Beaucoup d’attentes. Et surtout une inquiétude sur le commerce. Car le commerce de proximité est véritablement abimé et nous avons besoin que les maires les aident et les accompagnent dans une transformation, ne bloquent pas les projets, laissent des parkings à disposition, assurent des animations, les défendent pour la sécurité.
SL : Le commerce est l’un des enjeux de ces élections ?
AW : Oui, les commerçants ont vraiment besoin d’avoir cette attention particulière. Ils ont besoin de signaux positifs. Car tous leurs clients, quand ils viennent chez eux et qu’ils ne sont pas content je peux vous dire que tout le monde l’entend. Et aujourd’hui ils sont en difficulté. De l’autre côté, les attentes des industriels sont différentes. On a un problème de foncier ! Je le répète chaque année depuis de longtemps.
SL : C’est un sujet qui, en effet, ne date pas d’hier. Pourquoi ça ne bouge pas sur ce sujet ?
AW : C’est un sujet qui est très compliqué. Les maires sont plutôt volontaires mais il faut aussi se rappeler que si il ne font pas de logements sociaux ils ont des pénalités.. mais si il ne font pas de terrain pour l’industrie, il ne se passe rien.
Et pourtant cela impacte directement l’attractivité de la commune avec moins de travail, moins de consommateurs qui viennent dans les commerces et les restaurants, moins d’élèves dans les écoles.. Aujourd’hui on défend toujours les classes, les boulangers, son banquier qu’on veut voir rester sur le territoire, mais c’est plus compliqué de défendre l’implantation ou l’agrandissement d’une entreprise.
il faut faire de nouveaux terrains pour [les] industries et les entreprises de taille intermédiaire
SL : Vous dites aux maires “n’ayez pas peur pendant la campagne d’annoncer la création de zones industrielles” ? Même si ce n’est pas très à la mode ?
AW : Oui, car avant quand on parlait de zone industrielle on imaginait de grandes usines avec des cheminées et de la fumée noire qui sortait.
Mais c’est fini cette époque là, aujourd’hui l’industrie est moderne. Mais les gens ont aussi des difficultés à accepter de plus petites choses comme un ferronnier en plein centre du village qui tape et qui fait du bruit on l’accepte moins.
C’est un peu la même chose que pour les agriculteurs qui sont de moins en moins accepté aux portes des communes. Il faut accepter de laisser de la place à tout le monde et il faut faire de nouveaux terrains pour ces industries et pour les entreprises de taille intermédiaire. Et dès que c’est annoncé dès le début c’est beaucoup plus facile.
Un article rédigé par Stéphane LONGIN – RCF Haute-Loire,
Cet article est basé sur un épisode de l’émission : L’invité actu Auvergne
Chaque jour à 6h35 et 7h33, rencontre avec un acteur auvergnat qui fait l’actualité.
