À trois jours du scrutin décisif, Olivier Bianchi, Julien Bony et Antoine Darbois ont débattu jeudi matin sur RCF des grandes questions qui engagent l’avenir économique de la capitale auvergnate. Centre-ville, foncier, fiscalité locale, ouvertures dominicales : les visions s’affrontent, les priorités divergent.
La question était directe, posée par Claude Barbin, président de la CCI du Puy-de-Dôme, invité à introduire la séquence économique du débat : « Pour qu’il y ait une redistribution, il faut qu’il y ait création de richesse. » En quelques mots, le patron consulaire résumait l’enjeu central. Les études récentes de la chambre sont sans équivoque : TPE, PME, commerçants et artisans sont « en difficulté ».
Et si les entreprises « ne demandent pas à la municipalité de gérer les entreprises à leur place », elles attendent qu’elle « crée le cadre qui favorise réellement leur développement ». Deux questions concrètes en découlent : comment relancer l’attractivité du centre-ville commercial ?
Et comment dégager un foncier suffisant pour accueillir de nouvelles entreprises ? « Clermont-Ferrand, pour le monde économique, doit redevenir une ville qui attire, qui entreprend et surtout qui crée de la richesse », a conclu Claude Barbin avant de laisser la parole aux candidats. Le débat était lancé, sur l’antenne de notre partenaire RCF Puy-de-Dôme.
Le centre-ville commercial : urgence partagée, remèdes qui divergent
Sur ce terrain, les trois candidats convergent au moins sur le diagnostic : le commerce clermontois a souffert. La période des travaux, la montée du commerce en ligne, les problèmes de sécurité évoqués dans la première partie du débat — tout cela a laissé des traces. Mais les prescriptions sont radicalement différentes.
Julien Bony mise sur un signal fort d’accessibilité : parkings, 30 premières minutes de stationnement gratuites, requalification des espaces publics, modernisation de la signalétique. « Il faut envoyer un message très clair, très fort, expliquer que l’on peut revenir dans notre centre-ville », défend le candidat de l’Union de la droite et du centre. Il propose également la création d’un office municipal du commerce, pour « animer, fédérer, mieux organiser les choses ».
C’est précisément sur ce point qu’Antoine Darbois tranche le plus nettement. Pour le candidat RN, la création d’un tel office serait une couche administrative de plus dans un millefeuille déjà épais. « Les commerçants n’ont pas besoin d’un office pour leur parler. Ils sont organisés avec une CCI qui fonctionne bien. Dans la mairie, il y a des fonctionnaires municipaux compétents. Le dialogue doit se faire naturellement sans un office qui aura son directeur, sa secrétaire, sa voiture, ses locaux. »
Olivier Bianchi, lui, rappelle les 4 millions d’euros versés à l’amiable aux commerçants pénalisés par les travaux — « sans recours contentieux » —, et annonce un plan d’animation du centre-ville dès la rentrée de septembre, en lien avec les chambres consulaires et les associations de commerçants, avec une opération spécifique envisagée à Noël. Il défend également un bilan plus étoffé qu’il n’y paraît : aide à l’embauche des salariés de plus de 55 ans dans les entreprises, aide à l’achat de véhicules électriques pour les artisans et les livreurs : « Il y a aujourd’hui une politique économique qui est menée au sein de la métropole, avec l’ensemble des partis politiques, dans une intelligence d’intérêt général dont je suis très fier », résume-t-il.
Ouvertures dominicales : un enjeu commercial qui cristallise les tensions
C’est l’un des échanges les plus vifs de la séquence économique, et l’un des plus concrets pour les commerçants clermontois. Aujourd’hui, Clermont-Ferrand compte cinq ouvertures dominicales par an, votées jusqu’ici conjointement par la majorité socialiste et l’opposition de droite. Julien Bony pose la question frontalement : avec LFI dans l’équation de la nouvelle majorité, ces cinq dimanches sont-ils encore garantis ?
« Comment cette ouverture dominicale pourrait être prolongée demain avec une opposition insoumise ? » interroge-t-il. Olivier Bianchi balaie l’argument, rappelant que le cadre général est fixé à l’échelle métropolitaine, et que son futur groupe comptera 28 élus socialistes et écologistes face à 27 opposants. « Je vous assure que ça continue comme avant. Il y aura toujours les cinq. » Julien Bony n’en démord pas, évoquant les votes historiquement contraires des communistes et écologistes sur ce type de délibération. Un débat qui illustre, en creux, combien la question des alliances politiques a des répercussions directes sur la vie économique locale.
Foncier économique : le nerf de la guerre
Deuxième grande question de la CCI : comment garantir des réserves foncières suffisantes pour que les entreprises puissent s’implanter ou se développer sur le territoire ? La contrainte est réelle. Le PLUI — plan local d’urbanisme intercommunal adopté par les 21 maires de la métropole — est dans le viseur de plusieurs acteurs économiques.
Pour Olivier Bianchi, le travail a déjà été engagé : « Il y a plus d’hectares qui ont été conservés pour l’industrie et l’économie en terrain réservé qu’il n’y en a eu dans les 10 années précédentes. » Le maire sortant, qui préside également la métropole, revendique une gouvernance économique coconstruite avec les organisations patronales et les chambres consulaires.
Julien Bony juge pour sa part que le PLUI est « jugé extrêmement contraignant » par les acteurs économiques et plaide pour son assouplissement. Sa solution phare : activer l’EPF Auvergne, l’établissement public foncier régional, pour constituer une réserve foncière au service à la fois de l’économie et du logement. Il précise également qu’il ne briguera pas la présidence de la métropole — contrairement à Olivier Bianchi qui la détient actuellement — mais qu’il entend bien « peser dans l’exécutif » en tant que maire de Clermont. « Qui peut imaginer une seconde que le maire de Clermont ne pèserait pas dans l’exécutif ? » lâche-t-il, en réponse aux piques de son rival.
Antoine Darbois, qui dit avoir personnellement vécu la difficulté à se développer depuis le Biopôle clermontois — et avoir finalement choisi de quitter la métropole pour une zone industrielle éloignée —, insiste davantage sur l’interprétation du PLUI que sur sa révision formelle, jugée trop longue à obtenir. Sur le fond, il partage le constat : « Il faudra veiller à avoir une interprétation de ce PLUI qui ne pénalise pas les projets d’implantation. »
Fiscalité et dépenses publiques : une ligne de fracture nette
Si le volet commerce et foncier a occupé l’essentiel de la séquence économique, la question fiscale a également clivé. Antoine Darbois a posé l’engagement de geler les dépenses de fonctionnement comme préalable au gel des taux d’imposition locaux — une position qu’il présente comme la seule capable de soulager les commerces et entreprises qui, selon lui, « crèvent sous les charges ». Les deux autres candidats n’ont pas formulé d’engagement similaire sur ce point.
Le débat complet, diffusé ce jeudi 19 mars sur RCF Puy-de-Dôme en amont du second tour dimanche 22 mars, est à réécouter en intégralité sur le site de notre partenaire : rcf.fr.
Une heure de confrontation directe, animée avec rigueur, qui a offert aux décideurs économiques clermontois une grille de lecture concrète avant de glisser leur bulletin dans l’urne.
