Le 8 juin, les Thermes premium Les Dômes ont rouvert leurs portes à Vichy après plusieurs mois de travaux.
Derrière cette réouverture, un pari économique assumé par France Thermes : faire cohabiter, sur un même territoire, la cure conventionnée historique et une offre premium à plus forte valeur ajoutée.
Le tout adossé à un investissement de 59 millions d’euros, dont 37 financés sur 30 ans par la Banque des Territoires Auvergne-Rhône-Alpes.
Thermes Les Dômes : à Vichy, le pari du curisme premium
À Vichy, deux établissements thermaux, deux modèles économiques.
D’un côté, les Thermes Callou, ouverts depuis le 16 février, portent la médecine thermale conventionnée, prise en charge par l’Assurance maladie.
De l’autre, les Thermes Les Dômes, qui viennent de rouvrir le 8 juin après une rénovation complète, assument une offre premium, hors nomenclature, pensée pour capter une clientèle prête à payer davantage pour davantage de confort.
Une diversification économique qui s’inscrit dans un programme global de 59 millions d’euros porté par le groupe France Thermes sur l’ensemble du resort.
Deux établissements, deux clientèles, un même territoire
« Ici, aux Thermes Les Dômes, nous sommes sur un service un peu plus qualitatif, dans le sens où des services personnalisés y sont proposés », explique Jérôme Guillouët, directeur du Resort de Vichy. « Comme aux Thermes Callou, les curistes peuvent réaliser une cure conventionnée ou une cure prévention santé.
Mais aux Dômes, l’offre est dite “premium” : le nombre de curistes est plus limité, avec un accès à des équipements complémentaires comme le jacuzzi, le spa ou le sauna. »
Cette limitation volontaire du nombre de curistes n’est pas un détail d’exploitation, c’est un choix économique. En réduisant les volumes, l’établissement réduit aussi les temps d’attente et personnalise le parcours de soin, ce qui justifie un panier moyen supérieur.
« Les temps d’attente avant les soins thermaux sont réduits et les curistes peuvent bénéficier d’attentions particulières, comme la programmation de certains soins ou le remplacement du peignoir en cours de matinée. Ici, l’atmosphère est plus orientée bien-être », précise le dirigeant.
Les Dômes sont par ailleurs reliés à l’hôtel Mercure rénové et à la nouvelle Résidence Les Dômes par un couloir-peignoir couvert, une intégration qui permet de capter sur place l’ensemble de la dépense du séjour : soin, hébergement, restauration.
C’est l’un des leviers classiques du modèle économique du thermalisme contemporain, qui ne se limite plus à la seule prestation médicale.

Un investissement de 59 millions d’euros, structuré par un financement public-privé
Cette réorganisation de l’offre s’appuie sur un programme d’investissement conséquent : 59 millions d’euros engagés par France Thermes entre 2023 et 2027 sur l’ensemble du resort thermal de Vichy, qui regroupe les Thermes Callou, les Thermes Les Dômes, les hôtels Ibis et Mercure, et le Vichy Célestins Spa Hôtel.
Sur ce montant, 37 millions d’euros sont financés sur 30 ans par la Banque des Territoires Auvergne-Rhône-Alpes, bras financier de la Caisse des Dépôts pour les projets structurants locaux.
Ce montage illustre une articulation devenue classique pour les projets touristiques de cette ampleur : un opérateur privé porte l’investissement et le risque d’exploitation, tandis qu’un acteur public-parapublic sécurise une partie du financement sur le long terme.
Pour le territoire vichyssois, ce choix traduit une volonté de considérer le thermalisme non pas comme une activité de niche, mais comme un investissement structurant pour l’attractivité et l’emploi local.
Le calendrier des travaux confirme l’ampleur du chantier engagé. Après la rénovation des Thermes Callou et de leurs hébergements associés, déjà entrés dans leur deuxième saison d’exploitation, et celle de l’hôtel Mercure, c’est au tour des Dômes de rouvrir.
La prochaine étape est déjà fixée : l’ouverture, à l’été 2027, des Bains Les Dômes, un espace thermoludique qui complétera l’offre. « Nous développons un espace complètement dédié au sport santé qui se situera au niveau du Bain des Dômes », détaille Jérôme Guillouët.
« En plus des deux bassins chauffés et équipés avec des cols de cygne, des banquettes hydromassantes, des couloirs à contre-courant et des jacuzzis, il y aura un spa, un sauna et plusieurs salles de repos.
Une plateforme attenante sera aussi aménagée pour réaliser, en individuel ou en groupe, des activités physiques. Toutes ces installations s’adressent aux personnes de l’extérieur, mais aussi aux personnes séjournant ou participant à une cure chez nous. »
Cette ouverture aux clientèles extérieures à la cure est un point clé du modèle économique recherché : elle permet de mutualiser des équipements coûteux entre curistes conventionnés et grand public, et de générer des revenus complémentaires hors saison thermale stricte.
Doubler le nombre de curistes d’ici 2030
Au-delà de l’investissement immobilier, c’est un objectif de fréquentation chiffré qui structure la stratégie de France Thermes pour Vichy, dans le cadre du programme « Vichy Accélération 2030 » : le groupe vise 7 500 curistes en 2026, contre un objectif de 12 000 à l’horizon 2030. Une progression qui s’accompagnera, selon le groupe, de nouveaux recrutements sur le site.
Cette ambition s’inscrit dans un contexte réglementaire stabilisé. L’État a confirmé le maintien du remboursement des cures thermales conventionnées au même niveau qu’en 2025, une décision qui sécurise le socle économique de la médecine thermale pendant que le groupe développe en parallèle son offre premium hors prise en charge.
C’est cette double base, cure conventionnée stable d’un côté, montée en gamme premium de l’autre, qui doit permettre à Vichy de tenir son objectif de fréquentation.
Pour la cité thermale, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco en 2021 au titre des Grandes villes d’eaux d’Europe, cette diversification économique du thermalisme est aussi une manière de transformer un patrimoine historique en filière d’avenir, capable de générer de l’emploi et de l’activité bien après la seule saison des cures.