Ziegler France en redressement judiciaire. L’annonce est tombée ce vendredi 27 février. La direction a confirmé l’ouverture d’une procédure devant le tribunal de commerce. En Auvergne, les sites de Clermont-Ferrand et Montmarault sont directement concernés.
Derrière cette décision, une réalité brutale : une filiale française quasiment à l’arrêt, des trafics interrompus sur plusieurs sites et une trésorerie exsangue.
Une filiale française en grande difficulté
La situation de Ziegler France en redressement judiciaire intervient après plusieurs mois de dégradation rapide. Le résultat d’exploitation serait passé d’un niveau positif en 2023 à environ –6 millions d’euros, avec un EBITDA également négatif. Une rupture nette qui a fragilisé la trésorerie.
Sur le terrain, les signaux d’alerte se multipliaient. Dans certaines agences, des salariés évoquent des dépôts quasi vides et des camions qui « roulent à vide ». L’activité de messagerie aurait été fortement réduite, tandis que des retards de paiement vis-à-vis des sous-traitants étaient signalés depuis l’été 2025.
La filiale française emploierait entre 1 200 et 1 400 salariés répartis sur une cinquantaine de sites. À l’échelle nationale, près de 1 400 emplois seraient menacés.
Clermont-Ferrand et Montmarault : 120 emplois sous tension
En Auvergne, l’impact est immédiat. Les sites de Clermont-Ferrand et Montmarault figurent parmi les implantations concernées par la procédure. Près de 120 salariés régionaux se retrouvent dans l’incertitude.
Cette situation dépasse la seule entreprise. Le transport routier de marchandises irrigue l’ensemble du tissu industriel et commercial régional. Une fragilisation d’un acteur logistique se répercute mécaniquement sur les chargeurs, les distributeurs et les sous-traitants locaux.
Des représentants syndicaux qualifient la situation de « catastrophique » et évoquent un « avenir sombre » pour la filiale française.
Mandataires ad hoc et scénarios ouverts
Avant l’ouverture du redressement, deux mandataires ad hoc avaient été désignés par le tribunal de commerce de Lille pour explorer des solutions. La direction évoque un travail de stabilisation à court terme et un possible « remodelage » des activités en France, en précisant qu’« aucune hypothèse n’est exclue ».
Dans d’autres territoires, des opérations ciblées ont déjà eu lieu. En 2025, le fonds de commerce et les équipes de Ziegler Troyes ont été repris par le groupe TCP afin d’assurer une continuité de service pour les clients. Reste à savoir si des scénarios comparables pourraient émerger pour d’autres sites.
Un secteur du transport routier sous pression
La crise de Ziegler France en redressement judiciaire s’inscrit dans un contexte sectoriel tendu. Le transport routier de marchandises connaît une phase de stagnation-reflux. Au 3e trimestre 2025, l’activité intérieure recule de 1,4 %, avec un niveau au plus bas depuis fin 2023.
Les baromètres professionnels décrivent une conjoncture « très dégradée » : 55 % des chefs d’entreprise du secteur constatent une baisse d’activité début 2025. Les investissements reculent, limités au renouvellement de parc. Dans le même temps, les coûts d’exploitation ont fortement augmenté entre 2024 et début 2025, comprimant les marges.
Au 2e trimestre 2025, 645 procédures collectives ont été recensées dans le transport routier de marchandises, soit +7 % sur un an et +55 % sur deux ans. Une dynamique qui souligne la fragilité structurelle d’une partie du secteur.
Une onde de choc au-delà de l’entreprise
Le cas Ziegler France en redressement judiciaire agit comme un révélateur. Perte de contrats à l’été 2025, baisse d’activité sur certains segments, pression concurrentielle accrue, part significative du pavillon étranger sur les flux intérieurs : les tensions sont multiples.
Pour les entreprises clientes, la priorité devient la continuité logistique. Diversification des prestataires, renégociation des accords de service, sécurisation des flux critiques : la crise impose des arbitrages rapides.
À Clermont-Ferrand et Montmarault, l’enjeu dépasse désormais la seule procédure judiciaire. Il touche à la stabilité d’un maillon essentiel de la chaîne industrielle régionale. Le redressement judiciaire de Ziegler France ouvre une période d’incertitude dont l’issue conditionnera non seulement l’avenir des 120 salariés auvergnats, mais aussi une part de l’équilibre logistique territorial.