À Pont-du-Château, dans le Puy-de-Dôme, ils sont venus nombreux, et surtout ensemble. Élus, associations et collectifs d’usagers se sont retrouvés pour défendre ce qui, pour eux, est devenu un combat quotidien : sauver les petites lignes ferroviaires en Auvergne. Rares sont les occasions où ces acteurs parlent d’une seule voix.
Cette fois, l’alerte est claire : sans investissement massif de l’État, une partie du territoire risque de décrocher durablement.
Derrière les banderoles, sept collectifs, fédérations et associations d’usagers tapent du poing sur la table. Leur message vise directement l’État et la SNCF, alors que le président du groupe public, Jean Castex, est attendu à Clermont-Ferrand le 17 décembre. L’enjeu dépasse la simple question des trains : il touche à l’attractivité économique, à l’emploi et à la capacité des territoires à retenir leurs habitants.
Petites lignes ferroviaires en Auvergne : un trafic sous-estimé
Pour Christian Ray, président de la fédération « Agir pour la ligne Clermont-Ferrand – Le Mont-Dore – Ussel – Tulle », le potentiel de ces lignes est largement sous-évalué. Il rappelle qu’« il y a 3 500 pendulaires, c’est-à-dire des personnes qui viennent d’un autre secteur jusqu’à la métropole pour travailler tous les jours ». À cela s’ajoutent « 1,5 million de visiteurs dans le parc des volcans d’Auvergne », un chiffre qu’il qualifie de « colossal au niveau du trafic ».
Dans ces conditions, l’absence d’alternative ferroviaire crédible pousse mécaniquement les usagers vers la voiture. Une situation paradoxale à l’heure où les politiques publiques affichent des objectifs de transition écologique et de report modal. Pour les collectifs, le problème n’est pas la demande, mais l’offre : des lignes fermées, des fréquences insuffisantes et des infrastructures vieillissantes.
Clermont-Ferrand – Saint-Étienne : une coupure qui dure depuis 2016
À l’est de l’Auvergne, la liaison directe entre Clermont-Ferrand et Saint-Étienne cristallise les tensions. Suspendue depuis 2016, cette ligne symbolise, pour les militants, l’abandon progressif de certaines dessertes régionales. Selon les estimations avancées par les associations, il faudrait jusqu’à dix ans pour la régénérer complètement.
Karine Legrand, coprésidente de l’association « Le Train 634269 », juge ce calendrier incompatible avec la réalité économique du territoire. « Si l’État agit maintenant, c’est déjà beaucoup trop long », affirme-t-elle.
Sur le terrain, les conséquences sont immédiates : « On rencontre régulièrement des chefs d’entreprise, que ce soit du bassin thiernois ou du bassin d’Ambert, ils nous donnent tous le même cri d’alarme. » Le lien entre petites lignes ferroviaires en Auvergne et emploi est au cœur du discours des militants.
Karine Legarnd résume la situation sans détour : aujourd’hui, « ils n’arrivent plus à recruter parce que les gens ne peuvent plus s’installer, parce que les familles ne peuvent plus s’installer ». L’absence de desserte fiable devient un frein direct à l’implantation et au développement des entreprises.
Ce constat est partagé par les autres collectifs présents à Pont-du-Château. Pour eux, la mobilité n’est plus seulement une question de confort, mais un déterminant économique majeur, au même titre que le logement ou l’accès aux services publics.
Des dessertes jugées indignes des besoins actuels
Julien Vannier, porte-parole du Collectif des usagers des trains d’Auvergne, dresse un état des lieux sévère du réseau existant. « On voit certaines lignes, la desserte est vraiment peau de chagrin », explique-t-il, citant les relations Clermont-Aurillac, Clermont-Le Puy ou encore Clermont-Thiers. Même sur ces axes encore ouverts, « la desserte n’est pas en adéquation avec ce qu’elle devrait être pour offrir un service digne de ce nom ».
À cette faiblesse de l’offre s’ajoute l’inquiétude autour des rames vieillissantes et du manque de matériel roulant, alors même que certaines lignes restent très fréquentées. Un paradoxe supplémentaire qui alimente le sentiment d’abandon exprimé par les usagers.
Une mobilisation à l’approche de la venue de Jean Castex
La mobilisation de Pont-du-Château n’est pas un simple rassemblement symbolique. Elle s’inscrit dans un calendrier précis, avec l’espoir que la venue de Jean Castex à Clermont-Ferrand permette enfin d’ouvrir un dialogue de fond sur l’avenir des petites lignes ferroviaires en Auvergne.
Pour les associations, l’enjeu est désormais clair : obtenir des engagements concrets et des investissements à la hauteur des besoins. Faute de quoi, préviennent-elles, le décrochage ferroviaire du Massif central continuera de peser sur l’économie locale, l’emploi et l’attractivité du territoire.