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Les fromages auvergnats face au choc des droits de douane chinois sur la filière laitière !

  • frederic.coureau
  • décembre 24, 2025
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Quand François-Xavier Huard, directeur général de la Fédération Nationale de l’Industrie Laitière, affirme que “rajouter 30 % aux 15 % de droits de douane que l’on paie déjà, c’est la fin des exportations”, ce n’est pas une formule choc. C’est un signal d’alarme.

Derrière les représailles commerciales entre la Chine et l’Union européenne se joue une bataille silencieuse dont les premières lignes ne sont pas à Pékin ni à Bruxelles, mais dans les exploitations, les fromageries et les ateliers d’affinage français.
Et en Auvergne, où l’économie agricole repose autant sur la valeur du lait que sur la force symbolique et économique de ses AOP, la menace prend une dimension très concrète.


Une décision chinoise qui pourrait rebattre les cartes de la filière laitière Auvergne

La Chine a enclenché des droits compensateurs provisoires pouvant aller jusqu’à 42,7 % sur une large gamme de produits laitiers européens. L’enquête doit aboutir en février. Mais, dès aujourd’hui, toute marchandise qui entre sur le territoire chinois doit avancer ces droits. Si la mesure devient définitive, ces sommes resteront acquises à Pékin.

Pour François-Xavier Huard, le diagnostic est clair : “Cela signifie déjà une baisse immédiate des exportations et laisse la place à d’autres pays bénéficiant d’accords de libre-échange”. La Nouvelle-Zélande, qui exporte à 0 % de droits, regarde la scène avec attention.

La Chine n’est pas un marché anecdotique pour la filière française. Elle absorbe chaque année environ 650 millions d’euros de produits laitiers venus de France, dont de la poudre infantile, de la crème, du beurre… et du fromage.

La France exporte ainsi 50 000 tonnes de crème et plusieurs milliers de tonnes de fromages vers ce marché premium. Désormais, ces flux sont violemment renchéris. Une partie ne sera tout simplement plus compétitive.


Un effet retour dangereux pour la souveraineté et pour la filière laitière Auvergne

Le débat pourrait sembler loin des prairies d’Auvergne. Il ne l’est pas. La France exporte près de 40 % de sa production laitière. “Si on arrête d’exporter, il faudra expliquer aux producteurs pourquoi on passerait de 23 milliards de litres de lait à 12 ou 13 milliards”, avertit François-Xavier Huard. Car la demande européenne, elle, ne doublera pas.
Les importations, elles, continueront d’arriver, parfois issues de systèmes moins-disants sur l’environnement et le bien-être animal. Autrement dit, renoncer aux marchés extérieurs n’est pas une option.

Le risque est simple à comprendre : si des volumes destinés à la Chine se retrouvent réinjectés sur le marché européen, la pression sur les prix s’intensifiera. Et ce sont les territoires où la valeur du lait repose sur des produits de qualité et d’appellation, comme la filière laitière Auvergne, qui pourraient devenir variables d’ajustement.

La Chine représentait certes encore un marché de niche pour les AOP auvergnates. Mais c’était un débouché à forte valeur et une vitrine stratégique qui se referme brutalement.


Les AOP auvergnates face à un choc stratégique

L’Auvergne ne produit pas les plus gros volumes de lait de France. Mais elle pèse lourd dans la valeur. Ses cinq AOP – Cantal, Salers, Saint-Nectaire, Bleu d’Auvergne, Fourme d’Ambert – représentent plus d’un fromage AOP de vache sur cinq vendu en France.
Elles irriguent près de 7 000 emplois directs et plus de 13 000 emplois indirects. Elles structurent des territoires de montagne où la production laitière n’est pas une activité parmi d’autres, mais une colonne vertébrale.

Certaines maisons régionales avaient commencé à structurer des positions sur l’Asie, parfois via des plateformes export mutualisées. Pour elles, ce coup d’arrêt chinois signifie réorientation rapide, repositionnement, arbitrage.

Les droits actuels rendent le marché chinois quasiment intenable. Les volumes devront soit être déplacés vers d’autres marchés asiatiques – Japon, Corée, Singapour –, soit absorbés en Europe. Cela ne se fait jamais sans conséquence.

Dans cette équation, l’Auvergne cumule deux singularités. Elle produit moins, mais elle produit cher parce qu’elle produit mieux. Elle crée de la valeur, mais sur des filières plus fragiles face aux secousses internationales.

Et face à une guerre commerciale décidée “à des années-lumière des intérêts des producteurs”, comme l’a rappelé BFM Business au directeur de la FNIL, ce sont ces filières territoriales qui se retrouvent au front.


Au-delà de la crise : la question politique de la production et de la compétitivité

François-Xavier Huard le dit sans détour : cette crise doit être l’occasion de “réhabiliter l’acte de produire”. La France s’est longtemps bercée de l’illusion qu’elle pouvait vivre sans industrie, sans usines, sans capacité productive forte.
Or, dans l’alimentaire comme ailleurs, la souveraineté passe par la capacité à produire et à rester présent dans le commerce mondial. La souveraineté ne s’oppose pas à l’export, elle en dépend.

Pour l’Union européenne, le défi est diplomatique, mais aussi économique. Pékin agit en représailles aux sanctions européennes sur les véhicules électriques. Bruxelles prépare sa riposte et envisage un recours devant l’OMC. Mais la procédure sera longue. Pendant ce temps, les producteurs, eux, subissent.

La filière laitière Auvergne a besoin de visibilité, de soutien à l’export, d’intelligence de marché. Elle aura aussi besoin que l’État et l’Europe assument que ces tensions commerciales ont un coût territorial et qu’il ne peut pas être supporté uniquement par des zones rurales déjà fragiles.


Un territoire en alerte, mais pas résigné

L’histoire de l’Auvergne a appris à ce territoire la patience et la résilience. Ses filières AOP ont déjà surmonté des crises sanitaires, des remises en cause réglementaires, des ralentissements.
Mais cette fois-ci, la bataille est géopolitique, déséquilibrée et rapide.
Elle rappelle brutalement que même au cœur des montagnes, l’économie du lait se joue désormais à l’échelle du monde.

Reste une certitude : si la France veut préserver ses paysages, ses emplois agricoles, ses savoir-faire et sa puissance agroalimentaire, elle doit protéger sa capacité de production. “Exporter et souveraineté, c’est compatible”, affirme François-Xavier Huard.

Encore faut-il que la bataille ne se termine pas loin des ministères… mais dans les vallées, sur les plateaux, et dans tout ce que représente la filière laitière Auvergne.

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