Fragilisé par la concurrence d’Action et des plateformes de vente en ligne, Gifi a engagé fin 2025 la cession d’une trentaine de ses magasins à Grand Frais, pour réduire ses coûts et renflouer sa trésorerie.
En Auvergne-Rhône-Alpes, cinq points de vente figurent sur la liste, mais un seul a été officiellement confirmé par l’enseigne alimentaire.
Alors que Gifi vient de solliciter son placement en redressement judiciaire, l’opération met en lumière un basculement plus large : dans les zones commerciales, le frais prend la place de la déco à petits prix.
Cinq adresses dans la région, un seul feu vert officiel
L’histoire commence le 15 octobre 2025. Ce jour-là, Gifi et Grand Frais annoncent, dans un communiqué commun, s’être rapprochés en vue de la cession de 25 à 30 magasins de l’enseigne de bazar.
Fin 2025, une liste de 32 adresses est publiée par la presse professionnelle.
Dix-sept magasins doivent passer en exploitation directe chez Grand Frais, quatorze en gérance-mandat. Le dernier, à Bayonne, relève de Gifi 48, la structure qui regroupe les anciens magasins Tati.
En mai 2026, Grand Frais resserre le périmètre.
L’enseigne annonce 25 ouvertures, et non 32, sans publier la liste complète. Seules six villes sont alors confirmées.
Pour la région, cette double version a une conséquence directe.
Cinq magasins figurent sur la liste initiale, mais un seul apparaît parmi les six sites confirmés par Grand Frais.
Ce site, c’est Le Pont-de-Beauvoisin.
Le magasin Gifi de l’avenue Jean-Jaurès, dans la zone commerciale de La Baronnie, côté savoyard, doit passer en gérance-mandat. Dans ce modèle, un commerçant indépendant pilote le point de vente pour le compte de l’enseigne.
Saint-Priest en tête, trois sites dans l’attente
Dans le Rhône, Saint-Priest fait figure de dossier le plus avancé. Le magasin du 6, rue Champdolin, route de Vienne, doit être exploité directement par Grand Frais. Son ouverture est annoncée pour début 2027.
Pour les trois autres sites de la région, aucune date n’a été communiquée.
À L’Arbresle, dans l’ouest lyonnais, le magasin du 43, route de Saint-Bel est prévu en gérance-mandat.
Même formule à Fontaine, dans l’agglomération grenobloise, au 46, avenue Ambroise-Croizat.
Dans la Loire, le Gifi de Saint-Chamond, route du 17-Octobre-1961, sur la zone de La Varizelle, figure lui aussi sur la liste en gérance-mandat.
L’enseigne s’y était installée dans les anciens locaux de Leroy Merlin, sur 2 000 m², en remplacement de son magasin historique de L’Horme.
Faute de liste définitive, rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que ces trois magasins font partie des 25 ouvertures retenues.
Rien ne permet non plus de dire qu’ils en ont été écartés.
Ce que la bascule réserve aux salariés
Dès octobre 2025, Grand Frais s’est engagé à proposer aux salariés des magasins concernés un poste avec reprise de leur ancienneté.
En mai 2026, l’enseigne a réaffirmé que tous les anciens salariés de Gifi se verraient proposer un poste.
Les bascules ont démarré le 1er juin 2026, au rythme de quatre à cinq magasins par mois.
Chaque transformation demande au moins trois à quatre mois de travaux : passer d’un magasin de décoration à un commerce alimentaire suppose chambres froides, rayons frais, boucherie et fromagerie.
Lyon, seule fermeture sèche de la région
La cession à Grand Frais ne doit pas être confondue avec les fermetures définitives décidées en 2025.
En avril 2025, Gifi annonçait un plan de sauvegarde de l’emploi : fermeture de onze magasins et suppression d’environ 300 postes.
Un seul de ces magasins se trouvait en Auvergne-Rhône-Alpes : celui de la rue Grenette, en plein centre de Lyon, ouvert à l’été 2019 à la place d’un ancien Tati.
Sur les onze fermetures annoncées, dix ont été effectives.
Le magasin de Neuville-en-Ferrain, dans le Nord, a finalement été maintenu après une renégociation de bail.
L’Auvergne, elle, reste hors champ.
Aucun magasin de l’Allier, du Puy-de-Dôme, du Cantal ou de la Haute-Loire ne figure sur la liste des cessions à Grand Frais, ni parmi les fermetures de 2025.
Le frais chasse la déco, la logique d’un basculement
Derrière ces cinq adresses se joue une recomposition des zones commerciales de périphérie.
D’un côté, Gifi perd du terrain.
L’enseigne fondée en 1981 à Villeneuve-sur-Lot affronte depuis plusieurs années la montée d’Action, qui revendique environ 900 magasins en France. S’y ajoutent la concurrence de B&M et celle des plateformes asiatiques comme Shein et Temu. Le petit prix non alimentaire, qui a fait son succès, est devenu un terrain saturé.
De l’autre, Grand Frais accélère.
Le spécialiste des fruits et légumes, de la crèmerie et de l’épicerie du monde compte plus de 300 magasins en France. Il a lancé pour 2026 un plan de 3 500 recrutements.
Pour une enseigne alimentaire en croissance, reprendre un Gifi présente un intérêt évident.
Les magasins sont implantés en périphérie, dans des zones commerciales fréquentées, avec une surface proche de celle d’un Grand Frais, autour de 1 000 m². Le bâtiment existe, le parking aussi, et la clientèle a déjà ses habitudes.
À l’heure où créer de nouvelles surfaces commerciales en périphérie devient plus difficile, reprendre des locaux existants offre un raccourci précieux.
Le foncier commercial ne disparaît pas : il change de fonction.
Le patrimoine immobilier de Gifi pèse aussi dans l’équation.
Sur les 32 magasins de la liste initiale, 21 appartiennent à GPG, la société holding de Philippe Ginestet, fondateur de Gifi. Les autres sont la propriété de bailleurs tiers.
Pour les communes, la bascule a deux visages.
Elle évite la friche et maintient un flux de clientèle sur la zone. Mais elle transforme l’offre : les habitants qui achetaient leur déco à deux pas devront chercher ailleurs, tandis que les commerces alimentaires voisins verront arriver un concurrent de poids.
Un redressement qui ne remet pas en cause les cessions
Le 20 octobre 2026, Gifi a annoncé à ses salariés solliciter son placement en redressement judiciaire.
Le groupe compte 513 magasins et environ 6 000 salariés en France.
« Pour protéger l’entreprise et poursuivre son activité, nous avons décidé (…) de solliciter l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire auprès du tribunal compétent », a écrit aux salariés Patrick Puy, président du directoire de Gifi, un spécialiste du redressement d’entreprises nommé quelques jours plus tôt.
Le tribunal de commerce de Toulouse a tenu une première audience le 23 octobre. Sa décision est attendue début novembre.
Si une période d’observation est ouverte, les magasins resteront ouverts pendant cette phase.
Les cessions à Grand Frais sont antérieures à la procédure : engagées dès la fin 2025, elles sont déjà en cours d’exécution.
Pour les autres magasins Gifi de la région, en Rhône-Alpes comme en Auvergne, l’avenir se jouera désormais dans le plan qui sera présenté au tribunal.