Le groupe Omerin vient de mettre en service à Lezoux, sur le parc d’activités Entre Dore et Allier, une usine de 12 000 m² entièrement dédiée aux câbles pour la mobilité électrique.
Un investissement de plus de 20 millions d’euros, une ambition européenne assumée, et la démonstration qu’un territoire de troisième couronne peut capter l’industrie qui se réinvente.
Dans le grand hall de la nouvelle usine, une douzaine de bobines tournent et autant de fils de cuivre convergent vers un seul câble. « Ce câble nous permet de relier l’arrivée de l’alimentation électrique des bornes de recharge jusqu’à la batterie de la voiture et au moteur électrique », expliquait-on chez Omerin dans un reportage de France 3 Auvergne.
Opérationnel depuis fin avril 2026, le site travaille sur ses premières commandes. Pour le fabricant ambertois de fils et câbles techniques, c’est un pari stratégique. Pour le territoire qui l’accueille, c’est une victoire.
Un marché qui change d’échelle
Pourquoi une ETI familiale d’Ambert, forte de 1 700 collaborateurs et de 330 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, investit-elle autant dans le véhicule électrique ?
La réponse tient dans un chiffre technique : selon le groupe, la longueur moyenne de câbles passe d’environ 1,5 kilomètre sur un véhicule thermique à 4 kilomètres sur un véhicule électrique, dont 50 à 80 mètres de câbles haute tension.
Le câble, composant discret du monde thermique, devient un organe vital de la voiture électrique. Omerin évaluait dès 2023 le marché mondial des câbles pour l’automobile à 10 milliards d’euros, avec une croissance de 5 % par an.
Le groupe a donc créé une division dédiée, Omerin eMobility, et annoncé en novembre 2023 la construction de sa dix-septième usine. « Notre gamme de câbles dédiés à la eMobilité rencontre déjà un grand succès, et il est rapidement apparu que nous devions nous organiser et augmenter notre capacité de production. La création d’une entité spécifique et la construction d’une nouvelle usine nous a semblé comme une évidence », expliquaient alors Xavier Omerin et Pierre Sanvoisin, respectivement président et directeur général du groupe.
Le site, certifié selon la norme automobile IATF 16949, coiffé de 8 500 m² de panneaux photovoltaïques, a été conçu pour pouvoir tripler sa capacité — de quoi devenir, selon l’ambition affichée par le groupe, le plus grand site européen dédié aux câbles embarqués pour véhicules électriques.
Une quinzaine de recrutements sont en cours, avec un potentiel d’une centaine d’emplois à terme. « C’est le marché européen que l’on va viser », affirmait Pierre Sanvoisin, PDG du groupe depuis fin mars 2025, au micro de RCF.
Pourquoi Lezoux ? La géographie comme argument industriel
Le choix du site n’a rien d’un hasard. Interrogé sur les raisons de cette implantation, Pierre Sanvoisin, cite d’abord le besoin d’espace, puis la géographie : la proximité de Clermont-Ferrand et de son bassin d’emploi, l’accès à l’autoroute, et la position centrale entre les autres sites du groupe dans le Puy-de-Dôme, la Haute-Loire, la Loire et le Rhône.
Il salue enfin des équipes intercommunales « à l’écoute » pour faciliter l’implantation.
C’est ici que l’histoire d’Omerin croise celle d’un territoire. Le parc d’activités Entre Dore et Allier s’étend sur 53 hectares, à cheval sur les communes de Lezoux et d’Orléat, à vingt minutes à l’est de Clermont-Ferrand et 1h30 de Lyon, avec un accès direct à l’échangeur n°28 de l’A89.
Cet échangeur, ouvert en 2002, a changé le destin économique de ce territoire de la Limagne, jusque-là coincé entre les bassins d’emploi clermontois et thiernois. Omerin y a acquis un terrain de près de 7 hectares — de quoi voir venir, et s’agrandir.
Entre Dore et Allier, la méthode d’un territoire qui gagne
Quinze entreprises sont aujourd’hui installées sur le parc, où 600 personnes viennent travailler quotidiennement, selon la communauté de communes.
La maroquinerie Pierre Cotte y fut pionnière, rejointe au fil des ans par des profils variés : Posytec et ses maisons à montage rapide, Finnso Bois, ReUse Composites Innovation, GR-Supervision, ou encore les Établissements Dumas, spécialistes du traitement de surface par métaux précieux, dont l’arrivée a été actée fin 2025.
Une pépinière d’entreprises gérée par la CCI du Puy-de-Dôme complète le dispositif pour les activités de production en phase de création.
La méthode revendiquée tient en quelques principes : un foncier accessible — 30 euros hors taxes le mètre carré selon une récente délibération communautaire —, une exigence environnementale portée depuis 2006 par la démarche PALME, avec noues paysagères, six hectares boisés conservés et qualité architecturale imposée, et surtout une réactivité dans l’accompagnement des porteurs de projets, en synergie avec la CCI.
Et la dynamique ne faiblit pas. « Actuellement, sur le parc d’activités, on travaille sur 4 projets d’implantation. À chaque fois, ça va être des entreprises en local qui vont créer de l’emploi ou proposer une offre de services.
Les élus ont décidé d’étendre le parc d’activités sur 23 hectares. C’est un pari aussi sur l’avenir pour créer de l’emploi en local », détaille Laetitia Berthon, responsable du service économie de la communauté de communes Entre Dore et Allier.

Un territoire de 19 000 habitants entre deux bassins d’emploi
Derrière le parc, il y a un territoire en mouvement. La communauté de communes Entre Dore et Allier regroupe 14 communes et environ 19 300 habitants, un chiffre en progression d’environ 3 000 habitants depuis 2009.
Troisième couronne périurbaine de Clermont-Ferrand, ce triangle entre la Dore et l’Allier attire par son foncier accessible et sa position entre deux bassins d’emploi. Lezoux, la ville-centre de 6 300 habitants, célèbre pour ses ateliers de potiers gallo-romains, renoue à sa manière avec une vocation productive vieille de deux millénaires.
Le tissu économique local revendique des savoir-faire en plasturgie, métallurgie, maroquinerie de luxe, agroalimentaire ou coutellerie. L’arrivée d’un groupe du calibre d’Omerin, dont la saga familiale court depuis 1906 entre Job et Ambert, ajoute à cette mosaïque une brique technologique de premier plan : le câble haute performance pour la transition énergétique.
La suite s’écrit maintenant
Pour Omerin, l’enjeu des prochains mois est clair : « récupérer des marchés, se faire qualifier » pour assurer « une montée en puissance du site de manière correcte et le plus rapidement possible », résume Pierre Sanvoisin.
Pour le territoire, l’équation est tout aussi lisible : transformer l’effet d’entraînement de cette locomotive industrielle en nouvelles implantations, en emplois locaux et en recettes fiscales durables.
À Lezoux, le pari électrique d’Omerin et le pari territorial d’Entre Dore et Allier avancent désormais sur le même câble.
Et si la plus grande usine européenne de câbles pour véhicules électriques voyait le jour non pas dans une métropole, mais dans la plaine de la Limagne, au débouché d’un échangeur d’autoroute ? C’est précisément le scénario qui est en train de s’écrire.