« Une nouvelle page s’écrit pour Stellinox, Buffet-Plus et Barketinox. » C’est par ces mots que Cyril Dantin a annoncé, dans un post publié sur LinkedIn, la reprise du groupe Stellinox, PME industrielle installée à Thiers, dans le Puy-de-Dôme.
Une opération de transmission qui engage trois entreprises, un savoir-faire revendiqué depuis 1955 et l’un des symboles du bassin métallurgique thiernois.
« C’est avec une fierté et une émotion sincères que je vous annonce la reprise du groupe composé de Stellinox, Buffet-Plus et Barketinox », écrit Cyril Dantin, qui se présente désormais comme dirigeant du groupe Stellinox.
Derrière l’annonce, un enjeu que connaissent bien les décideurs économiques auvergnats : la transmission des PME industrielles, moment de vérité où se joue la pérennité d’un outil de production, d’emplois et d’un savoir-faire ancré dans un territoire.
Trois entreprises, un ancrage : Thiers
Le groupe repris s’articule autour de trois entités complémentaires. Stellinox, la maison mère industrielle, fabrique à Thiers des plats et du matériel professionnel en acier inoxydable pour l’hôtellerie-restauration et la restauration collective.
À partir de bobines d’inox, l’entreprise emboutit, découpe et polit la tôle d’acier dans son atelier de l’avenue du Général de Gaulle.
Buffet-Plus, deuxième pilier, s’est positionnée sur le matériel et l’équipement de buffet pour les professionnels des cafés, hôtels et restaurants, notamment au travers de la commercialisation du catalogue de la marque allemande APS. Barketinox, enfin, est la plus jeune des trois : lancée fin 2023, avec un siège installé à Vertaizon et une fabrication assurée dans l’usine thiernoise de Stellinox, elle porte le pari du réemploi dans la restauration collective.
Dans son post, Cyril Dantin résume ce qui a motivé son choix : « J’ai trouvé dans ce groupe l’alliance rare entre un ancrage industriel solide, un savoir-faire reconnu depuis des décennies et une capacité d’innovation et de croissance responsable au travers des produits en inox faits pour durer. »
Un héritage du bassin métallurgique thiernois
La reprise du groupe Stellinox ne se comprend qu’à l’échelle de son territoire. Thiers, capitale française de la coutellerie, a bâti sur plusieurs siècles une culture industrielle du métal : forge, estampage, découpage, emboutissage, polissage.
Au fil du XXe siècle, ce socle technique s’est diversifié vers les aciers inoxydables, donnant naissance à un tissu d’entreprises spécialisées dans les plats, les ustensiles et les équipements pour la restauration et l’agroalimentaire.
Stellinox s’inscrit dans cette filiation. L’entreprise revendique « près de 70 ans de savoir-faire industriel à Thiers dans la fabrication d’articles culinaires en inox », selon les mots du repreneur, en référence à des origines que la société situe en 1955.
Une longévité qui fait de cette PME l’une des héritières directes de la tradition thiernoise de déformation des métaux, appliquée non plus à la lame de couteau mais au plat, au bac gastronorme et à la barquette.
C’est précisément ce capital immatériel — les gestes, les machines, la connaissance de la matière — qui se transmet aujourd’hui. Et c’est ce que soulignent les mots choisis par Cyril Dantin, pour qui cette opération n’est pas un simple rachat d’actifs, mais la continuation d’une histoire industrielle.
Barketinox, le relais de croissance de la reprise du groupe Stellinox
Si l’ancrage historique pèse dans la décision du repreneur, la promesse de croissance porte un nom : Barketinox. La jeune société conçoit des barquettes en inox micro-ondables et thermoscellables, pensées pour la restauration collective et le portage de repas à domicile.
Objectif affiché : remplacer les contenants plastiques à usage unique, dans le sillage des obligations fixées par les lois AGEC et EGAlim.
Cyril Dantin ne cache pas son ambition sur ce segment.
Barketinox, écrit-il, « porte l’innovation au service de la transition écologique » et constitue « LA solution pour en finir avec les barquettes plastiques à usage unique », une solution « fabriquée en France, à Thiers, chez Stellinox ». Le registre est assumé, mais il s’appuie sur des réalisations concrètes : les barquettes ont été co-développées avec des acteurs locaux, dont le centre hospitalier de Thiers-Ambert et la communauté de communes Ambert Livradois Forez, pour remplacer le plastique jetable dans le portage de repas.
Pour le bassin thiernois, l’équation est vertueuse : un marché réglementaire en plein essor, une réponse industrielle locale et un outil de production existant. La montée en puissance de Barketinox aux côtés de l’activité historique de Stellinox dessine la trajectoire que le nouveau dirigeant devra concrétiser.
Une transmission accompagnée par l’écosystème régional
L’opération illustre aussi la mécanique, souvent discrète, qui rend possibles les transmissions de PME en territoire.
Dans son annonce, Cyril Dantin remercie « Lionel et Isabelle Cotte », les cédants, dont « la confiance » a permis la transmission et qui l’accompagnent « encore quelques semaines » dans la transition opérationnelle. Un passage de relais progressif, destiné, écrit-il, à « garantir la continuité du service auprès de nos clients et la sérénité de nos équipes ».
Autour du repreneur, c’est tout l’écosystème régional de l’accompagnement et du financement qui est cité : le Réseau Entreprendre Auvergne, Initiative Thiers-Ambert, SOMUDIMEC, Bpifrance, ainsi que les cabinets ayant conseillé l’opération.
Une chaîne d’acteurs caractéristique des reprises de PME industrielles en Auvergne, où réseaux d’entrepreneurs, plateformes d’initiative locale et financeurs institutionnels se combinent pour sécuriser le projet.
À ce stade, les modalités juridiques et financières de l’opération n’ont pas été rendues publiques et l’information repose sur la communication du repreneur. Les registres officiels devraient en acter les effets dans les prochaines semaines.
Les prochaines pages du groupe
Pour le tissu économique du Puy-de-Dôme, la reprise du groupe Stellinox envoie un signal : une PME industrielle de Thiers, positionnée sur un savoir-faire historique et un marché d’avenir, a trouvé un repreneur décidé à conjuguer héritage et transition écologique.
Reste désormais à transformer l’essai — consolider l’activité historique, faire grandir Barketinox, maintenir l’emploi local.
Cyril Dantin, lui, donne rendez-vous. « Les pages suivantes s’écriront dans les semaines et mois à venir », conclut-il.
Le bassin thiernois, qui a déjà su passer du couteau au plat inox, puis du plat à la barquette réemployable, sait mieux que personne que les belles histoires industrielles s’écrivent dans la durée.