Coresports Alliance et ABL Finance ont annoncé, dimanche 21 juin, avoir trouvé un accord portant sur la cession de 94,33 % des parts de la SASP Clermont Foot 63. Reste une étape : la validation de la DNCG, prévue mardi 23 juin.
Au-delà du nom du repreneur, c’est un dossier financier précis qui se joue : la taille réelle d’ABL Finance, le passif laissé par le modèle suisse sortant, et ce que cette opération représente à l’échelle des reprises de clubs observées actuellement en France.
Clermont Foot 63 a terminé 13e de Ligue 2 lors de la saison écoulée, avec un budget d’environ 11 millions d’euros.
Une enveloppe qui le place dans la moyenne de la division : les 18 clubs de Ligue 2 affichent cette saison des budgets allant de 5,5 à 35 millions d’euros, et un club de taille comparable comme Grenoble Foot 38 évolue avec 11,5 millions d’euros, soit un niveau quasi identique.
Le budget seul ne dit pourtant pas tout de la situation que reprend ABL Finance.
Selon des données financières DNCG relayées par le site spécialisé Peuple Vert, plus de 3 millions d’euros ont été versés en frais de gestion à la société du propriétaire suisse sur la saison 2024-2025, soit plus du quart des recettes du club, et Clermont Foot 63 affichait près de 16,5 millions d’euros de pertes avant même la prise en compte des opérations de transferts.
C’est ce passif que le repreneur doit désormais éponger ou restructurer, condition sine qua non d’un feu vert de la DNCG.
ABL Finance, une holding patrimoniale à l’échelle de la reprise
Face à ce passif, quelle est la capacité financière réelle d’ABL Finance ?
La holding, basée à Saint-Étienne et dirigée depuis 2012 par Stéphane Tessier et Jean-Jacques Tessier, affiche un capital social de 16 millions d’euros.
Ses comptes 2024, les derniers disponibles au moment de l’annonce, font apparaître des fonds propres de 46,8 millions d’euros et une trésorerie de 26,1 millions d’euros.
Ce profil situe ABL Finance à mi-chemin des deux extrêmes que connaît actuellement le football français.
À l’autre bout du spectre, le rachat du Paris FC par la famille Arnault, via la holding Agache Sport, qui a acquis 52 % du capital avec un projet ambitieux et des moyens financiers sans équivalent en deuxième division.
Rien à voir non plus avec une multipropriété internationale type Core Sports Capital, structurée autour de plusieurs clubs européens. ABL Finance s’apparente davantage à ces holdings patrimoniales françaises, adossées à la revente d’une entreprise familiale, qui financent leur entrée dans le football sur fonds propres plutôt que sur effet de levier ou capitaux étrangers.
C’est précisément cette origine qui explique la solidité du bilan.
Stéphane Tessier a dégagé une partie de ses moyens lors de la revente, en 2023, de Loire Ascenseurs, entreprise familiale stéphanoise cédée au groupe espagnol Orona.
ABL Finance en reste aujourd’hui directeur général délégué, signe qu’elle conserve un lien opérationnel avec ses participations passées plutôt que de simplement encaisser une plus-value.
Le profil de Tessier, garant d’une gestion resserrée
Sur le plan de la gouvernance, c’est Stéphane Tessier, 51 ans, qui porte le projet pour ABL Finance.
Directeur des services de l’AS Saint-Étienne entre 2010 et 2015, puis directeur général adjoint et directeur général de l’Olympique de Marseille entre mars 2022 et juin 2024, aux côtés du président Pablo Longoria, il y a piloté un redressement comptable documenté : sous son mandat, le déficit de l’OM est passé à 12,7 millions d’euros sur l’exercice 2022-2023, son meilleur bilan en cinq ans, loin des pertes abyssales des saisons précédentes, qui avaient atteint 127 millions d’euros en 2019-2020.
De ce double passage, à Sainté puis à l’OM, Tessier tire une doctrine qu’il a résumée à L’Équipe : « Moi, je crois au sport professionnel telle une industrie, avec un équilibre économique. À Saint-Étienne, j’ai eu six années de bilans équilibrés, ventes de joueurs comprises.
À Marseille, trois ans sans aucun apport d’argent du propriétaire. » Une philosophie qu’il résume aussi à sa façon de concevoir la fonction : « Le DG, c’est un chef d’orchestre. »
Pour le projet clermontois, ce passé pèse lourd dans l’équation financière, puisqu’il s’agit précisément d’éviter de reproduire le schéma de pertes structurelles laissé par Coresports Alliance.
Tessier l’a résumé sans détour à La Montagne au printemps, alors que les négociations avançaient : « Si cela doit se faire, cela se fera avant la fin de la saison.
Après ce sera trop tard. » Il avait posé une condition claire à son engagement : le maintien du club en Ligue 2. Condition aujourd’hui remplie.
Ce que va vérifier la DNCG mardi
L’audition du 23 juin n’est pas une simple formalité administrative.
La DNCG va précisément examiner trois éléments : la capitalisation réelle apportée par ABL Finance, le plan de financement du déficit hérité de la saison 2024-2025, et la soutenabilité du budget prévisionnel pour l’exercice à venir.
Les fonds propres d’ABL Finance, supérieurs à 45 millions d’euros, et sa trésorerie disponible constituent, sur le papier, des garanties solides pour un club dont le budget de fonctionnement reste inférieur à 12 millions d’euros.
Reste à savoir si le repreneur choisit d’assainir intégralement le passif avant de reprendre la main, ou s’il programme un apport progressif.
C’est sur ce point précis, et non sur le seul changement de nom à la tête du club, que se jouera la suite du dossier Clermont Foot 63.