« On a célèbre les 140 ans des SCOP, ce n’est pas un modèle qui est né d’hier ». Lors du Petit Déjeuner de la création du 13 mars 2026, à la pépinière Pascalis, Sandrine Barrière — fondatrice d’Appuy Créateurs et administratrice de l’URSCOP — et Mathilde Rabet — déléguée innovation sociale chez Alter’Incub — ont incarné, chacune à leur façon, ce que signifie concrètement entreprendre autrement en Auvergne.
Le thème était ambitieux. Entreprendre avec du sens : deux mots qui circulent beaucoup, parfois au risque de se vider de leur contenu.
Mais à la pépinière Pascalis, vendredi 13 mars, lors d’un nouveau Petit Déjeuner de la création — le rendez-vous clermontois cofondé il y a vingt-trois ans par Frédéric Coureau et Gilles Flichy, qui a déjà accueilli près de 5 000 porteurs de projets — deux intervenantes ont fait autre chose que de tenir un discours. Elles ont apporté des preuves.
Sandrine Barrière, administratrice de l’Union Régionale des SCOP (URSCOP) et fondatrice d’Appuy Créateurs, et Mathilde Rabet, déléguée innovation sociale pour les Pays d’Auvergne chez Alter’Incub, l’incubateur de l’Union régionale des Scop et Scic, représentaient ce jour-là deux facettes complémentaires d’un même écosystème : celui de l’entrepreneuriat coopératif.
Sandrine Barrière : 21 ans à prouver que le modèle tient
Sandrine Barrière n’est pas venue avec des théories. Elle est venue avec vingt et un ans d’expérience, une structure qui tourne, et des chiffres qui parlent.
En 2004, elle crée Appuy Créateurs, première coopérative d’activité et d’emploi (CAE) en Auvergne — une structure alors quasi inconnue dans la région. Aujourd’hui, la coopérative accompagne entre 220 et 300 entrepreneurs par an, avec une équipe de 12 salariés intervenant sur Clermont-Ferrand, Aurillac, Moulins et Riom.
Ce qu’elle est venue défendre, c’est d’abord le droit à l’essai. Dans le modèle des CAE, pas besoin de créer son entreprise dès le premier jour. On teste, on développe son activité, on cherche ses clients — tout en bénéficiant d’un statut de salarié et des valeurs du collectif coopératif. « Être à la fois salarié et coopérateur », résume-t-elle. Cette double appartenance n’est pas symbolique : elle signifie que chaque membre a véritablement « voix au chapitre », ce que Sandrine Barrière estime rare dans bien d’autres formes d’entreprise.
Elle a aussi tenu à corriger quelques idées reçues sur les SCOP. Non, elles ne se résument pas à des reprises d’entreprises en difficulté : 60 % des SCOP sont des créations ex nihilo.
Et leur solidité n’est pas un argument de façade : 79 % des SCOP dépassent la cinquième année d’existence, un taux que beaucoup de réseaux d’accompagnement envient.
Son argument le plus fort ?
La durée elle-même. « On a fêté les 140 ans des SCOP, ce n’est pas un modèle qui est né d’hier. » Dans une matinée consacrée au sens, c’est peut-être la démonstration la plus solide : un modèle qui dure, c’est un modèle qui fonctionne.

Mathilde Rabet : accompagner le collectif, la partie la plus exigeante
Mathilde Rabet, déléguée innovation sociale pour les Pays d’Auvergne au sein d’Alter’Incub — l’incubateur de l’Union régionale des Scop et Scic, actif depuis 2011 —, est arrivée avec une autre perspective : celle de l’accompagnement des projets collectifs, et de tout ce que cela suppose de complexité.
Son diagnostic est clair : le besoin d’appui est particulièrement fort sur la dimension de gouvernance. Affiner la prise de décision, clarifier la répartition des rôles, apprendre à « faire ensemble dans le futur » — voilà ce sur quoi Alter’Incub concentre une large part de son travail. Ce n’est pas la partie visible, mais c’est souvent celle qui détermine si un projet tient ou s’effondre.
Elle met également en garde contre une illusion fréquente : celle de la rapidité. Les projets collectifs sont « très longs à structurer », insiste-t-elle. Ils exigent des modèles économiques hybrides, souvent mêlant ressources publiques, privées et propres, qui doivent être testés, ajustés, et éprouvés dans le temps avant de trouver leur équilibre.
Un constat qu’elle observe sur le terrain : la majorité des projets qu’accompagne Alter’Incub démarrent sous une forme associative. C’est progressivement, après avoir fait leurs preuves avec des partenaires comme France Active, que ces structures franchissent le pas vers la SCOP ou la SCIC — la forme juridique qui correspond enfin à leur objet social profond.

Deux voix, un même message
Ce qui relie Sandrine Barrière et Mathilde Rabet, au-delà de leur appartenance commune au mouvement coopératif, c’est une conviction partagée : l’accompagnement n’est pas un luxe, c’est une condition. Elles rappellent toutes deux que les dispositifs qu’elles représentent sont en grande partie gratuits pour les porteurs de projets, financés par des collectivités et des partenaires publics — et qu’il faut s’en saisir tôt, bien avant d’avoir tout verrouillé.
Dans une matinée qui interrogeait l’avenir de l’entreprise et de la planète, leurs interventions ont offert quelque chose de concret : la preuve que l’entrepreneuriat porteur de sens n’est pas une aspiration récente, ni une mode passagère. C’est un modèle qui a de l’ancienneté, des outils, des structures — et des résultats.
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