Un article rédigé par Jérémi COULON – RCF Allier,
C’est à Saint Gérand de Vaux, commune rurale située à une trentaine de km de Moulins qu’est née l’entreprise CMB, pour “Constructions Métalliques Bourbonnaises”. Capable de réaliser des chantiers partout en France, l’entreprise conçoit et installe de A à Z des magasins, des bâtiments de stockage ou agricoles, des supermarchés, ou encore des escaliers métalliques. Jérémi Coulon a poussé les portes de l’usine.
Jérémi COULON : Lilian Mahy, vous avez démarré votre entreprise il y a maintenant presque 20 ans. C’était en 2007. Vous étiez seul. Aujourd’hui, votre entreprise compte plus de 60 personnes et pèse 30 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. Quel est le secret de la réussite ? Comment fait-on pour multiplier par 100 son chiffre d’affaires en 20 ans ?
Lilian Mahy : Le démarrage a été très calme. J’avais plutôt l’idée de travailler seul. Et puis, les chantiers sont arrivés les uns après les autres, nécessitant différentes embauches. Je me suis découvert l’âme d’être capable de fédérer les gens autour d’un projet commun. Les différentes personnes que j’ai pu intégrer se sont investies dans l’entreprise. J’ai réussi à créer une atmosphère de travail basée sur des valeurs communes, celles du “travailler bien ensemble”. On est dans un coin très reculé, en pleine campagne. L’idée, c’est de ne pas s’agacer les uns contre les autres inutilement, d’essayer peut-être de tomber un peu les frontières “employés-patron”. L’équipe que j’ai essayé de constituer, c’est une équipe de passionnés. On ne fait que de la charpente métallique. On reste centré sur ce métier.
JC : Qu’en est-il de la concurrence dans le secteur ?
LM : Il y a beaucoup d’opérateurs. On est sur un sujet concurrentiel. On a des Lillois qui viennent nous faire concurrence à Vichy. On a des Marseillais qui viennent à Moulins. On leur rend la pareille en allant dans les cinq coins de l’Hexagone. Chaque fois que l’on fait un devis, on ne sait pas si ça va passer. Statistiquement, un devis sur quatre sort de façon positive.

JC : Comment se démarquer ?
LM : Grâce à l’écoute du client et la spécialisation, même l’hyperspécialisation sur notre métier qui est la charpente métallique. On a notre propre bureau d’études. Les commerciaux sortent majoritairement tous du bureau d’études et ont la technicité entre les mains. Donc, ils peuvent proposer des solutions concrètes aux clients sur des sujets compliqués. Et puis c’est de la cohésion d’équipe : Une fois que le commercial a rentré le chantier, il y a un groupe de travail que l’on forme avec un calculateur, un ingénieur, un dessinateur, un conducteur de travaux. Ce groupe doit bien fonctionner, avec une communication forte entre chaque étape.
JC : Vous exécutez 250 commandes par an. Il y a des chantiers plus impressionnants que les autres, comme celui du pont de fer à Moulins, 3 millions d’euros. Est-ce que vous avez des craintes sur les investissements des collectivités locales, dans ce contexte budgétaire tendu ?
LM : Je pense que l’on pourra toujours compter sur elles et je l’espère. On sent bien qu’il y a moins d’appels d’offres depuis un ou deux ans. La situation économique, globalement, se tend, aussi bien sur les marchés privés que sur les marchés publics.
JC : Vous en avez obtenu plusieurs certifications au cours de ces 20 ans de développement. En 2024, vous obtenez la certification MASE. De quoi s’agit-il ?
LM : Elle concerne la sécurité et la qualité. Au bout d’un certain temps, d’une dizaine d’années, mon discours concernant la sécurité auprès de mes collaborateurs ne passait plus suffisamment. On a un métier qui est dangereux, que ce soit à l’atelier ou en chantier. On manipule des pièces lourdes, coupantes, chaudes. Et quand on est en chantier, en plus, on est en hauteur. Je me suis toujours évertué à mettre en place un niveau de sécurité très fort dans l’entreprise, des formations, de la pédagogie, du matériel. Et pour muscler cet élan où je sentais que je commençais à m’épuiser, j’ai tout d’abord embauché une personne sur ce poste-là pour me seconder et prendre le relais. Et on a décidé ensemble d’aller chercher cette certification.

JC: Vous travaillez essentiellement à l’échelle nationale. Est-ce que vous avez les ambitions d’un développement à l’international ?
LM : Non, pas du tout. l’hexagone est déjà suffisamment vaste ! Je n’ai jamais eu une ambition phénoménale de pousser le chiffre d’affaires pour le plaisir de pousser le chiffre d’affaires. Cela dit, on ressent vraiment le coup de frein économique et la morosité, où on reste sur un chiffre d’affaires équivalent. On reste sur une structure tout à fait équilibrée en termes de charges par rapport à notre chiffre d’affaires. Les appels d’offres publiques ne sont pas fantastiques en ce moment. On arrive sur des années électorales où on se doute que ça ne va pas être fantastique ni en 2026, ni en 2027.
JC: Et en terme de développement humain ?
LM : On a toutes les fonctions : accueil, comptabilité, service achat, des gens qui sont au magasin ou au SAV, à la préparation de pièces…c’est très diversifié. Outre les dessinateurs, les calculateurs, les soudeurs, les peintres et les monteurs de charpentes, les couvreurs, les bardeurs, on a toutes ces fonctions support qui sont essentielles, sans lesquelles on n’arriverait absolument à rien faire. Aujourd’hui, nous réalisons environ 4 embauches par an.
JC: On peut dire que vous souhaitez rester une entreprise “à taille humaine”, familiale ?
Oui, disons-le comme ça. On essaye d’améliorer nos process, de garder nos salariés, de faire notre petite route. Mais on n’est pas dans l’expansion à vouloir doubler le chiffre d’affaires dans deux ans. Ce que l’on a aujourd’hui n’est pas si mal. On a une entreprise qui est bien équilibrée. J’ai la chance d’avoir des collaborateurs exceptionnels autour de moi. Voilà notre richesse !