Dans le cadre du partenariat éditorial entre Acteur Éco et RCF Puy-de-Dôme, retour sur la venue de l’économiste Gabriel Zucman à Clermont-Ferrand. L’universitaire a choisi la capitale auvergnate pour ouvrir sa tournée nationale consacrée à la justice fiscale.
Trois jours après le rejet à l’Assemblée nationale de sa proposition d’impôt minimum sur les ultra-riches, il a choisi de “continuer le débat là où il doit se tenir : auprès des citoyens”.
Deux conférences, l’une à la librairie Les Volcans, l’autre à l’Université Clermont Auvergne, ont réuni un public nombreux et attentif.
Un succès qui illustre, selon lui, la soif de compréhension d’un sujet trop souvent confisqué par les experts.
“Quand les plus fortunés échappent en partie à l’impôt, c’est tout le contrat social qui s’effrite”
“Le premier enjeu, c’est de contribuer à une appropriation citoyenne des savoirs”, explique Gabriel Zucman au micro de RCF Puy-de-Dôme.
“La proposition que j’ai formulée d’impôt plancher sur les milliardaires se fonde sur des recherches récentes qui ont mis en lumière une anomalie dans notre système fiscal : les ultra-riches payent beaucoup moins d’impôts que le reste de la population.”
Cette anomalie, il la juge symptomatique d’un déséquilibre démocratique profond. “Quand les plus fortunés échappent en partie à l’impôt, c’est tout le contrat social qui s’effrite”, a-t-il rappelé face à un auditoire de citoyens, d’enseignants et d’étudiants venus nombreux à la librairie Les Volcans.
L’économiste plaide donc pour un impôt plancher de 2 % sur les patrimoines de plus de 100 millions d’euros, afin de rétablir une forme d’équité fiscale.
“Ce n’est pas une mesure punitive, c’est une mesure de justice et de cohérence”, insiste-t-il. “On ne peut pas continuer à demander des efforts aux classes moyennes et populaires tout en laissant s’éroder la contribution des plus riches.”
“Le débat ne fait que commencer”
Interrogé sur le rejet du texte par l’Assemblée nationale, Gabriel Zucman refuse de parler d’échec. “Certes, il y a eu un vote négatif vendredi dernier, mais la question va rester au centre des débats dans les mois et les années qui viennent. Ce sera un enjeu majeur de l’élection présidentielle de 2027”, estime-t-il.
Pour lui, l’essentiel n’est pas tant la bataille parlementaire que la construction d’un mouvement d’idées. “Le deuxième enjeu, c’est d’aider à ce que toutes les citoyennes et les citoyens puissent s’armer intellectuellement pour les débats qui vont venir. Parce que le débat, il ne fait que commencer.”
Les enquêtes d’opinion, ajoute-t-il, montrent d’ailleurs que le pays est prêt : “On voit qu’entre 70 et 80 % des Français soutiennent l’idée d’un impôt minimum sur les ultra-riches. L’enjeu maintenant, c’est de transformer ce soutien populaire en avancée législative.”
De la librairie Les Volcans à l’Université Clermont Auvergne
Après sa conférence-débat à la librairie, suivie d’une séance de dédicaces de son ouvrage Les milliardaires ne paient pas d’impôt sur le revenu et nous allons y mettre fin, Gabriel Zucman s’est rendu à l’Université Clermont Auvergne, dans un amphithéâtre plein à craquer du site de la Rotonde.
Il y a défendu une vision de la fiscalité comme pilier de la démocratie moderne : “Il est normal qu’il y ait des désaccords sur ces questions, en particulier fiscales, qui touchent au cœur de la démocratie. Mais pour débattre, encore faut-il disposer d’une base commune de faits et de données. C’est ce que j’essaie d’apporter.”
Face à un public attentif, il a également rappelé que la France n’est pas isolée dans ce combat : les discussions internationales autour d’un impôt mondial sur les grandes fortunes progressent, notamment sous l’impulsion du G20 et des travaux de l’OCDE.
Une idée qui s’installe dans le débat public
La tournée de Gabriel Zucman ne se limite pas à une série de conférences. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de pédagogie et de vulgarisation scientifique. “L’enjeu, c’est que chacun puisse comprendre comment fonctionnent les systèmes fiscaux, comment les règles peuvent être contournées et pourquoi elles doivent évoluer”, explique-t-il.
Son approche, ancrée dans la recherche empirique, vise à nourrir le débat démocratique sans posture idéologique. “C’est normal qu’il y ait des désaccords, mais il faut que ces désaccords reposent sur une connaissance commune. C’est le sens même de cette tournée.”
Un partenariat éditorial entre Acteur Éco et RCF Puy-de-Dôme
Partenaire éditorial d’Acteur Éco, RCF Puy-de-Dôme propose un retour complet sur les deux conférences de Gabriel Zucman dans un article signé Stéphane Marcelot, ainsi qu’une interview exclusive enregistrée à Clermont-Ferrand.
Pour prolonger la réflexion et écouter l’entretien intégral, rendez-vous sur le site de RCF Puy-de-Dôme : “À Clermont-Ferrand, Gabriel Zucman lance sa tournée autour de la justice fiscale”.
