GLNF et GLDF relient pensée initiatique et quête spirituelle aux Entretiens Pic de la Mirandole
Le silence règne dans le Grand Temple de la Grande Loge Nationale Française, ce 31 mai 2025. Le public, dense et recueilli, est là pour une question brûlante : « Que reste-t-il du sacré dans ce monde ? » Quatrième édition des Entretiens Pic de la Mirandole, ce rendez-vous marque une alliance de réflexion entre la GLNF et la Grande Loge de France (GLDF), autour d’une interrogation vertigineuse, à la croisée de la philosophie, de l’anthropologie et de la quête initiatique.
Une alliance rare entre obédiences
Dès l’ouverture, les grands maîtres des deux loges ont souligné le caractère exceptionnel de cette collaboration. La GLNF, plus tournée vers la spiritualité rituelle, et la GLDF, d’obédience humaniste et symboliste, incarnent deux sensibilités de la franc-maçonnerie de tradition. Mais toutes deux partagent un même souci : préserver et transmettre une sagesse fondée sur l’initiation, la fraternité et la quête intérieure.
Thierry Zarcone : intellectuel et initié
Thierry Zarcone, historien, chercheur au CNRS et spécialiste de l’islam et du soufisme, incarne cette jonction entre exigence intellectuelle et cheminement initiatique. Il est également Vénérable Maître de la loge de recherche Villard de Honnecourt au sein de la Grande Loge Nationale Française (GLNF). À la tribune, il rappelle avec force que « la franc-maçonnerie est sans doute l’une des dernières institutions à faire le pont entre tradition et modernité. Elle est une école du silence et de l’écoute, à l’heure où le monde moderne privilégie le bruit et la vitesse. »
Bruno Pinchard : « Le sacré est ce qui dépasse le langage »
Bruno Pinchard, philosophe et invité d’honneur de cette édition, a livré un plaidoyer poétique et radical pour une redécouverte du sacré comme « expérience vivante du plus-que-vivant ». Selon lui, notre époque confond le sacré avec ses signes extérieurs — rites, dogmes, symboles — sans en vivre l’essence.
Citant Pascal, Camus ou Épictète, il décrit une ascèse intérieure, une exigence morale qui ne peut être que personnelle. « Le sacré, ce n’est pas être pour ou contre. C’est habiter un état où l’on ne veut plus toucher sans dire merci. »
Sa métaphore de la main comme organe sacré a marqué les esprits : « Tout commence par la main. La main du serment, du refus, de la caresse, de l’interdit. Être humain, c’est apprendre à ne pas tout prendre. »
Jean-Louis Duquesnoy : repenser le sacré dans le monde contemporain
Jean-Louis Duquesnoy, grand orateur de la GLNF, s’est attaché à retracer les mutations du sacré dans nos sociétés modernes. S’appuyant sur Régis Debray, Alain Touraine et Max Weber, il a mis en lumière la tension entre sacralité ancestrale et sacralisation profane.
« Nous avons déplacé le sacré vers la retraite à 60 ans, la santé, les droits de l’homme, la nature. Mais s’agit-il encore du même sacré ? », questionne-t-il. La sacralisation des biens de consommation, du bien-être, de la performance traduit selon lui une quête de sens détournée de sa source spirituelle.
Son analyse distingue le sacré d’origine – transcendant, séparé, ineffable – du sacré fabriqué, souvent réduit à un consensus émotionnel ou médiatique. Et il interroge : « Ce monde qui sacralise la fin de vie et banalise la mort, est-il encore capable de verticalité ? »
Robert de Rosa : une expérience intérieure, incarnée et fraternelle
Robert de Rosa, ancien directeur de la revue Points de Vue Initiatiques, a proposé une relecture symbolique du sacré à travers la pratique maçonnique. Il y évoque la lente et patiente construction d’un lien avec l’invisible, non pas imposé, mais vécu de l’intérieur.
Le sacré, dit-il, « ne se décrète pas, il se ressent. » Il peut surgir dans une cathédrale, un paysage, un silence partagé. Mais il se vit pleinement dans le rituel maçonnique, dans l’élévation progressive du regard et l’apprentissage du silence.
Il oppose deux pôles du sacré : l’apollinien, solaire et structurant, et le dionysiaque, qui dissout les identités dans la transe. « La franc-maçonnerie propose une troisième voie, faite de conscience, de symboles et d’écoute fraternelle. »
Une maçonnerie en dialogue avec le vivant
L’enjeu est aussi écologique. Robert de Rosa appelle la franc-maçonnerie à intégrer une conscience élargie du sacré, au-delà de l’humain. « La spiritualité d’aujourd’hui doit inclure la Terre, le vivant, ce qui n’a pas de voix mais a droit au respect. »
Ce dépassement de l’humanisme traditionnel vers une éthique de l’universel vivant pourrait devenir, selon lui, une nouvelle forme du sacré. Il cite en conclusion saint François d’Assise : Frère Soleil, sœur Eau, notre mère la Terre…
Ces interventions, bien que venues d’horizons différents, convergent vers une même intuition : dans un monde marqué par la perte de repères, le sacré demeure une expérience intérieure, souvent silencieuse, parfois fugace, mais toujours essentielle. Qu’il soit ancré dans la tradition maçonnique, dans la philosophie ou dans une conscience écologique, le sacré semble survivre là où l’humain accepte de s’incliner devant ce qui le dépasse.
Un souffle sacré qui traverse les consciences
Ce mot revient souvent dans les interventions : le souffle. Pas seulement celui du verbe, mais celui de l’être, du silence qui précède et suit la parole. Bertrand Vergely, théologien et philosophe, l’a magnifiquement résumé : « Le sacré, c’est ce que l’on veut protéger sans y toucher. Ce que l’on sent avant même de le penser. »
La soirée s’est conclue par une déclaration pleine d’espérance : « Tant qu’il y aura des femmes et des hommes pour interroger le sens, pour guetter les signes, pour croire encore à la lumière au milieu de l’ombre, le sacré ne mourra pas. »
Qui sont-ils :
Personnes
Thierry Zarcone
Historien et chercheur au CNRS, Thierry Zarcone est spécialiste de l’islam et du soufisme, et il est également Vénérable Maître de la loge de recherche Villard de Honnecourt à la Grande Loge Nationale Française (GLNF). Dans l’article, il incarne la jonction entre exigence intellectuelle et cheminement initiatique, soulignant le rôle de la franc-maçonnerie comme pont entre tradition et modernité. Selon ses publications et profils académiques, il est reconnu pour ses travaux sur les spiritualités soufies et les réseaux initiatiques en Europe et au Moyen-Orient.
Bruno Pinchard
Philosophe, Bruno Pinchard a été invité d’honneur de la quatrième édition des Entretiens Pic de la Mirandole. Il défend une redécouverte du sacré comme « expérience vivante du plus-que-vivant », insistant sur l’ascèse intérieure et l’exigence morale. Spécialiste de la philosophie médiévale et de la Renaissance, il est professeur émérite à l’Université de Rouen et a publié de nombreux ouvrages sur la métaphysique et la poésie.
Jean-Louis Duquesnoy
Grand orateur de la GLNF, Jean-Louis Duquesnoy analyse dans l’article les mutations du sacré dans la société contemporaine, distinguant sacré d’origine et sacré fabriqué. Il s’appuie sur des penseurs comme Régis Debray, Alain Touraine et Max Weber. Selon les informations disponibles dans les archives maçonniques et ses interventions publiques, il est reconnu pour ses prises de parole éclairées sur la symbolique et la spiritualité.
Robert de Rosa
Ancien directeur de la revue Points de Vue Initiatiques, Robert de Rosa propose une relecture symbolique du sacré à travers la pratique maçonnique, évoquant la construction d’un lien avec l’invisible. Il distingue les dimensions apollinienne et dionysiaque du sacré, défendant une troisième voie faite de conscience, de symboles et d’écoute fraternelle. Il est également engagé dans la réflexion sur la spiritualité écologique.
Bertrand Vergely
Théologien et philosophe, Bertrand Vergely a conclu la soirée en soulignant que le sacré est « ce que l’on veut protéger sans y toucher ». Auteur de nombreux ouvrages sur la spiritualité, la morale et la philosophie, il est régulièrement sollicité pour ses interventions sur la quête de sens et la place du sacré dans la modernité.
Organisations
Grande Loge Nationale Française (GLNF)
La GLNF est une obédience maçonnique française de tradition, plus orientée vers la spiritualité rituelle. Elle se distingue par sa volonté de préserver et transmettre une sagesse fondée sur l’initiation, la fraternité et la quête intérieure. Selon son site officiel, la GLNF s’engage dans la réflexion philosophique, la recherche de la vérité et le développement personnel, tout en respectant la liberté de conscience de ses membres.
Grande Loge de France (GLDF)
La Grande Loge de France est une autre obédience maçonnique française, d’obédience humaniste et symboliste. Elle met l’accent sur la transmission des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, ainsi que sur la recherche de sens par la pratique initiatique. D’après son site officiel, la GLDF encourage le dialogue, la tolérance et la réflexion sur la condition humaine.
CNRS
Le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) est un organisme public français dédié à la recherche fondamentale et appliquée dans tous les domaines scientifiques. Dans le contexte de l’article, le CNRS est cité en tant qu’institution d’attache de Thierry Zarcone, historien et chercheur spécialiste de l’islam et du soufisme. Le CNRS a pour mission de produire des connaissances scientifiques et de les diffuser à la société.