Il arrive que le silence d’un ministre dise plus que mille discours. Ce mardi 15 avril 2025, à Paris, il n’a pas seulement été question de trains en retard. Il a été question de considération. Et ce qui s’est passé au ministère des Transports ce jour-là, Flavien Neuvy, maire de Cébazat, n’a pas voulu le laisser passer.
Économiste reconnu, professeur associé, élu local de terrain, commentateur engagé — et supporter indéfectible de l’AS Saint-Étienne — Flavien Neuvy ne manie pas la langue de bois. Dans une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux, il a dit tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas :
“Quel est le message qui est envoyé à travers ça ? Est-ce que c’est le message qu’en fait, on n’existe pas ?”
Ce jour-là, plusieurs dizaines d’élus d’Auvergne et du Limousin ont embarqué à bord de ce que l’on a surnommé le “train de la colère”, direction Paris. Présidents de conseils départementaux, maires, vice-présidents de Régions : tous unis dans un même ras-le-bol face à la dégradation des lignes Intercités Clermont-Ferrand–Paris et POLT. Des lignes vitales pour le Massif central, mais devenues synonymes de retards, suppressions et pannes.
Une tradition républicaine piétinée
Flavien Neuvy l’a rappelé avec calme et fermeté : “Lorsqu’un ministre se déplace en province, les élus locaux se font un devoir républicain d’accueillir le ministre, quel qu’il soit. Là, c’est l’inverse. Ce sont des élus locaux qui viennent à Paris transmettre un message… Et le ministre ne nous accueille pas.”
Dans une République qui se dit décentralisée, où l’on jure vouloir retisser le lien entre Paris et les territoires, comment expliquer une telle indifférence ? Comment interpréter cette absence, si ce n’est comme une forme de mépris institutionnel ? Flavien Neuvy pose la question sans détour. Et surtout sans effet de manche.

Le coup de grâce : un communiqué avant la fin
Le dialogue était difficile, mais encore possible. Jusqu’à ce que tombe un communiqué de presse du ministère… alors même que la réunion était en cours. Flavien Neuvy résume :
“Il publie un communiqué de presse à la suite d’une réunion à laquelle il n’assiste pas.”
À partir de là, il n’y avait plus rien à dire. Plus rien à négocier. La réunion se termine, symboliquement et concrètement. Les élus quittent la salle.
Ce n’était pas un caprice. Ce n’était pas un coup politique. C’était le refus d’être figurants dans une mise en scène d’écoute. Une réunion sans ministre, suivie d’un communiqué comme si tout était bouclé, c’est une façon de dire : « Merci d’être venus, mais on ne vous écoute pas. »
“Encore faut-il avoir des interlocuteurs…”
“L’idée de départ était vraiment une idée de dialogue”, insiste Flavien Neuvy. Il n’était pas venu pour faire un coup d’éclat. Il était venu, comme d’autres, pour alerter sur une réalité qui pénalise durablement l’économie, l’image et la mobilité de tout un territoire. Pour lui, le problème n’est pas technique : il est politique.
“Encore faut-il avoir des interlocuteurs pour pouvoir dialoguer et discuter.”
Ce 15 avril, le gouvernement a raté un rendez-vous avec ses territoires. Et Flavien Neuvy, dans sa prise de parole lucide et posée, l’a exprimé avec la gravité de ceux qui savent que la fracture territoriale ne se résorbera pas à coups de communiqués.