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Climat des affaires : l’industrie résiste pendant que le commerce s’effondre

  • frederic.coureau
  • octobre 12, 2026
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En septembre 2026, le baromètre national du moral des entrepreneurs recule de deux points, à 96, repassant sous sa moyenne de longue période.
Dans ce tableau assombri par la chute du commerce et des services, l’industrie manufacturière fait figure d’exception : elle reste stable à 101.

Mais derrière la résistance apparente des chiffres, les carnets de commandes s’effritent et les anticipations d’embauche repassent en territoire négatif. La reprise industrielle est réelle, sélective, et plus fragile qu’elle n’y paraît.

Trois mois de progression effacés en un mois. L’indicateur synthétique du climat des affaires en France publié par l’Insee le 24 septembre 2026 perd deux points d’un coup, à 96, après avoir grimpé de 94 en mai jusqu’à 98 en août.

La dégradation interrompt brutalement la séquence de redressement amorcée au printemps. Elle ne provient pas de l’industrie, qui tient à 101, un point au-dessus de sa moyenne historique, mais du commerce de détail, qui s’effondre de cinq points à 94, et des services, qui reculent d’un point à 98.

Le commerce de gros, lui, stagne à 93, un niveau qu’il occupe quasi continûment depuis janvier 2023. C’est donc une dégradation à deux vitesses : l’économie de flux — distribution, services aux ménages — décroche, tandis que l’appareil productif se maintient, au moins en apparence.

Les carnets de commandes se dégradent

L’apparence mérite d’être interrogée. Car si le climat industriel reste stable dans l’indicateur global, les soldes détaillés que publie l’Insee racontent une histoire plus nuancée. Les industriels sont certes plus optimistes sur leur production passée — le solde remonte à 0, après -4 en août — et leurs perspectives personnelles de production s’améliorent à +15, contre +12 le mois précédent.
Mais leurs carnets de commandes globaux se dégradent, à -16 après -14 en août. Leurs carnets à l’étranger stagnent à -12. Et les perspectives générales de production, qui mesurent leur appréciation du secteur dans son ensemble et non de leur seule entreprise, restent négatives à -9.

Ces soldes distinguent ce que chaque chef d’entreprise observe dans son carnet de ce qu’il perçoit dans le secteur : localement, chacun fait face ; collectivement, la dynamique s’essoufle.

La Banque de France confirme cette lecture

La Banque de France, dont l’enquête mensuelle de conjoncture a été publiée courant septembre 2026, confirme cette lecture en y ajoutant une précision supplémentaire : la production industrielle a bien rebondi en août, avec un solde d’opinion à +5 points contre +2 en juillet, et les chefs d’entreprise anticipaient +6 pour septembre.

Mais ce rebond est inférieur aux prévisions formulées un mois plus tôt. La Banque de France note, fait rare, que les industriels ont « plus de mal que d’habitude à anticiper leur activité, même à court terme ».
Deux facteurs perturbent leur lecture : les épisodes caniculaires et les restrictions d’eau qui ont affecté la chimie, le bois-papier-imprimerie et une partie de l’agroalimentaire en juillet et août ; et un effet de rattrapage dans l’automobile et l’aéronautique après un juillet faible, qui gonfle optiquement les chiffres d’août sans refléter une tendance durable.

La reprise industrielle, telle qu’elle ressort des deux enquêtes croisées, est moins une reprise qu’une réallocation sectorielle de la demande.
Elle se concentre sur les biens d’équipement, les matériels de transport, l’aéronautique, la défense et, plus récemment, la construction de centres de données. Ces filières tirent la production et soutiennent les carnets de certains sous-traitants et équipementiers.

À l’inverse, la chimie, le bois-papier-imprimerie, la métallurgie et la plasturgie restent en difficulté. La lecture par sous-secteur de l’Insee le confirme : si les biens d’équipement affichent 103 et les matériels de transport 103 également — avec un rebond de l’automobile à 102 — les machines et équipements stagnent à 93, sous la moyenne de longue période. La métallurgie recule à 98, la chimie à 94, le caoutchouc et la plasturgie à 96.

Pour les industries mécaniques, qui avaient enregistré en juillet-août une progression de leurs facturations de +1,8 % en glissement annuel selon le baromètre de la FIM, ces chiffres constituent un signal de vigilance.

Le segment des machines et équipements à 93 chez l’Insee recouvre précisément une part importante de leur activité. Les secteurs qui tirent la demande — défense, aéronautique, data centers — sont porteurs pour les équipementiers qui y sont positionnés.
Mais les mécaniciens exposés à la métallurgie, à la plasturgie ou à la chimie se retrouvent dans les sous-secteurs les plus dégradés. La reprise ne ruisselle pas : elle s’adresse à ceux qui ont les bonnes filières en portefeuille.

Des stocks de produits finis qui demeurent au-dessus du niveau jugé normal

Le taux d’utilisation des capacités de production illustre cet état de fait. Il s’établit à 76,4 % en août selon la Banque de France, contre 76,6 % en juillet, et reste inférieur à sa moyenne historique.
Des stocks de produits finis qui demeurent au-dessus du niveau jugé normal. Ce niveau d’utilisation limite mécaniquement le besoin d’investir en nouvelles capacités : pourquoi acheter une machine quand les lignes existantes tournent en dessous de leur régime nominal ?

Ce frein structurel explique, au moins partiellement, la prudence des clients industriels dont dépendent les mécaniciens pour leurs commandes d’équipements.

Et la trésorerie ?

La trésorerie ajoute une troisième couche de contrainte. Elle reste en territoire négatif dans l’industrie, avec des situations particulièrement dégradées dans l’automobile, l’agroalimentaire, la chimie, la métallurgie, les produits minéraux non métalliques et le bois-papier-imprimerie.

Les industriels sont simultanément pris dans des tensions sur leurs approvisionnements — 11 % d’entre eux signalent des difficultés selon l’enquête Banque de France, ce que confirme l’enquête Insee avec 21 % d’obstacles d’offre, un niveau très supérieur à la moyenne de long terme de 11 % — et soumis à une pression concurrentielle qui les empêche de répercuter la hausse des coûts.

En août, 11 % des entreprises industrielles déclaraient avoir relevé leurs prix de vente, contre 6 % en moyenne de longue période. L’écart mesure la tentation de reconstituer les marges ; la pression concurrentielle dit si elle est tenable.

Sur l’emploi, les signaux se retournent. L’indicateur synthétique du climat de l’emploi recule d’un point en septembre, à 98, repassant sous sa moyenne de longue période après avoir atteint 99 en juillet et août.

Dans l’industrie, le solde sur l’évolution passée des effectifs chute à -8 après -1 en août, et celui sur l’évolution prévue repasse à -1 après +2. Ce n’est pas encore une vague de licenciements, mais les entreprises semblent avoir cessé d’envisager des embauches supplémentaires

. La progression des carnets ne suffit plus à nourrir des projets de recrutement. C’est cohérent avec la prévision macroéconomique de la Banque de France : elle anticipe une valeur ajoutée industrielle manufacturière en baisse de -0,3 % au troisième trimestre 2026, après +0,3 % au deuxième trimestre, et une croissance du PIB de seulement +0,1 % sur la même période.

Le rebond d’août ne compense donc pas le recul de juin-juillet sur l’ensemble du trimestre. L’industrie résiste mieux que le reste de l’économie — l’indicateur à 101 le montre, là où le commerce de détail est à 94 et le bâtiment à 96 — mais cette résistance est relative et inégale.
Elle tient pour les filières portées par la commande publique et la demande mondiale d’équipements stratégiques. Elle s’érode pour les filières liées à la consommation intérieure, à la construction privée et aux matériaux de base.

Focus Auvergne-Rhône-Alpes

Pour les entreprises industrielles d’Auvergne-Rhône-Alpes, et plus particulièrement pour les sous-traitants mécaniques, les usineurs et les spécialistes du traitement de surface, la question posée par ces données est précise : sont-ils positionnés sur les filières qui avancent, ou sur celles qui reculent ?

La Banque de France signale des tensions persistantes dans la sous-traitance aéronautique, avec près d’un tiers des entreprises du secteur signalant des contraintes d’approvisionnement en composants ou en capacités de sous-traitance. Pour ceux qui ont les compétences et les capacités, c’est une fenêtre.

Pour les autres, la prochaine publication de l’Insee, attendue le 22 octobre 2026 à 8h45, dira si les signaux de septembre annoncent une tendance ou un simple à-coup.

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