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Blocage de l’A47 : Plan sécheresse “Des mesurettes” pour la Coordination rurale

  • frederic.coureau
  • octobre 19, 2026
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Lundi 19 octobre, une vingtaine de tracteurs de la Coordination rurale du Rhône et de la Loire ont coupé l’A47 au pont de Givors, au sud de Lyon.
La veille au soir, à 23 h 59, se refermait le guichet du fonds de réarmement agricole du plan sécheresse dans le Rhône : 1,37 million d’euros pour tout le département. « L’heure est grave », prévient le syndicat, qui réclame du revenu plutôt que des plans d’urgence.

Rapportée au nombre de fermes, l’enveloppe donne raison à sa colère. Mais elle révèle surtout un choix politique que personne n’assume ouvertement : aider quelques exploitations, et laisser les autres faire leurs comptes seules.

Une autoroute coupée au lendemain de la clôture des dossiers

Les tracteurs se sont installés au petit matin sur l’A47, au niveau de la bretelle de Chasse-sur-Rhône, dans les deux sens de circulation. La préfecture du Rhône a demandé aux manifestants de laisser une voie libre dans chaque sens.

À l’origine de l’action, un appel régional de la Coordination rurale Auvergne-Rhône-Alpes. Le mot d’ordre est sans ambiguïté : « Aux mesurettes, il est grand temps de s’attaquer aux causes structurelles de la crise, avec en priorité le revenu et le manque de rentabilité, pour sauver l’agriculture française. »

Alain Pioteyry, président de la Coordination rurale de la Loire, céréalier à Cuzieu où il vend aussi des aliments pour volailles et équidés, explique que ce sont les adhérents eux-mêmes qui ont réclamé une action.

Il décrit des exploitants à bout : « ils sont fatigués moralement et physiquement, plus la chaleur qui les a épuisés cet été ».

À ses côtés, Serge Genevay, président de la Coordination rurale du Rhône, arboriculteur et céréalier sur 60 hectares à Saint-Germain-au-Mont-d’Or, voit dans la chaleur et la sécheresse l’aléa de trop pour des trésoreries déjà vidées.

1,37 million d’euros pour 4 530 fermes : l’arithmétique du tri

Le plan CASI, pour canicule, adaptation, sécheresse, incendies, a été présenté le 4 septembre par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard. Annoncé à plus d’un milliard d’euros, il comprend un fonds de réarmement agricole de 235 millions d’euros, piloté par les préfets. Auvergne-Rhône-Alpes en reçoit 20,5 millions. Le Rhône, 1,37 million.

Le calcul est simple, et c’est précisément ce qui le rend explosif. Le Rhône comptait 4 530 exploitations au dernier recensement agricole, en 2020.
Divisée entre toutes, l’enveloppe départementale représente à peine plus de 300 euros par ferme.

À l’échelle de la région, qui recensait 48 493 exploitations, la moyenne dépasse tout juste 420 euros.

L’État ne raisonne pas ainsi. La préfecture affiche un forfait de base de 2 000 euros par exploitation, majoré de moitié pour celles qui cumulent deux critères, dans la limite de 10 000 euros. Mais elle précise elle-même que ce forfait est un objectif, non une garantie : le montant final dépendra du nombre de dossiers éligibles.

Faisons le compte à l’envers. Avec 1,37 million d’euros et un forfait de 2 000 euros, l’enveloppe couvre au maximum 685 exploitations. Soit environ une ferme sur sept dans le département.

Les deux chiffres sont donc vrais en même temps. Pour l’exploitation aidée, le soutien est réel. Pour l’agriculture du Rhône dans son ensemble, il reste marginal. C’est tout l’écart entre une aide de survie ciblée et un plan de soutien à une profession.

La vigne et les vergers restent à la porte du guichet

Le tri ne se fait pas au hasard. Pour déposer un dossier dans le Rhône, il fallait remplir au moins l’un des quatre critères fixés par l’arrêté préfectoral du 30 septembre : être jeune agriculteur installé depuis 2021, être orienté maraîchage, cultiver sans irrigation des cultures d’été sur au moins 30 % de sa surface, ou pratiquer l’apiculture ou l’héliciculture.

Ces critères visent des profils réellement exposés à la sécheresse de l’été. Mais ils laissent de côté une large part de l’agriculture du département.

La viticulture représente 42 % des exploitations du Rhône, selon les données du recensement agricole. L’arboriculture, le métier de Serge Genevay, en pèse 6 %. Aucune de ces deux filières ne figure parmi les critères d’éligibilité.
Un viticulteur du Beaujolais ou un arboriculteur des monts du Lyonnais n’accède au fonds que s’il entre par une autre porte, comme celle des jeunes installés.

C’est l’angle mort du dispositif. En concentrant l’effort sur quelques profils, l’État assume de ne pas compenser les pertes de la majorité des exploitations. Il le fait sans le dire, en affichant un forfait qui laisse croire à un soutien général.

Des « mesurettes » contre une trésorerie à reconstruire

Pour la Coordination rurale, le problème n’est pas seulement le montant. C’est la logique même. Dans son communiqué, le syndicat rappelle que la rentabilité offre « moins de dépendance aux aides, aux dossiers et à l’administratif superflu », et qu’une agriculture durable « ne peut reposer éternellement sur des plans d’urgence ».

Le calendrier lui donne un argument. Le 8 octobre, au Sommet de l’élevage, la ministre annonçait des mesures d’urgence.
Le 15 octobre, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, présentait un plan de relance agricole de 500 à 700 millions d’euros pour 2027. Le 18 octobre se refermait le guichet du fonds de réarmement. Le 19, les tracteurs étaient sur l’autoroute.

Trois annonces en dix jours n’ont donc pas désamorcé la colère. Le mécanisme économique explique pourquoi. Une aide ponctuelle de quelques milliers d’euros soulage une échéance bancaire.
Elle ne reconstitue ni le fonds de roulement d’une exploitation qui a perdu une partie de sa récolte, ni sa capacité à investir dans l’irrigation, les variétés ou le matériel qui la protégeraient du prochain été.

Le vrai compte, celui des successions

Serge Genevay déplace le débat sur un terrain plus inquiétant que la trésorerie de cet automne : « On va avoir dans plusieurs régions beaucoup de gens qui vont partir en retraite d’ici quatre ou cinq ans, et qui n’ont pas de succession. »

Les chiffres régionaux confirment l’ampleur de l’enjeu. En 2020, 41 % des chefs d’exploitation d’Auvergne-Rhône-Alpes avaient 55 ans ou plus. Quelque 12 000 exploitations étaient dirigées par des plus de 60 ans, soit un quart des fermes de la région et 525 000 hectares. Pour un tiers d’entre elles, le chef d’exploitation ne savait pas ce que deviendrait sa ferme dans les trois ans.

Sur ce diagnostic, la Coordination rurale rejoint un syndicat qu’elle combat d’ordinaire. Le 14 octobre, Jocelyn Dubost, président national de Jeunes Agriculteurs, céréalier à Courtenay, en Isère, et ancien président de JA Auvergne-Rhône-Alpes, interpellait Emmanuel Macron sur le budget de la PAC : « Face au mur démographique qui se dresse devant nous et qui menace la souveraineté alimentaire européenne, Emmanuel Macron doit également se prononcer en faveur d’une PAC consacrant une part significative de son budget au renouvellement des générations. »

Le constat est le même, mais les remèdes s’opposent. Jeunes Agriculteurs réclame des moyens publics fléchés vers l’installation. La Coordination rurale veut d’abord des prix qui permettent de vivre du métier, sans dépendre des dossiers.

Ce que le plan ne peut pas acheter

Le fonds de réarmement du Rhône a fait un choix cohérent avec ce diagnostic : il prime les jeunes installés. Mais 1,37 million d’euros ne transformera pas une exploitation sans repreneur en ferme transmissible. Un jeune ne reprend pas une ferme parce qu’elle a reçu une aide d’urgence. Il la reprend s’il voit qu’elle peut dégager un revenu durable.

C’est là que la colère de la Coordination rurale touche juste, au-delà du blocage d’une journée. Elle pose une question que les plans successifs laissent en suspens : à quoi sert de sauver une exploitation cet automne, si personne ne veut la reprendre dans cinq ans ?

Pour Alain Pioteyry et Serge Genevay, le compte n’y est pas. Pour les milliers de fermes de la région qui chercheront un successeur d’ici la fin de la décennie, il reste encore à faire.

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