Jusqu’au 1er novembre, les Forestivités du Puy-de-Dôme proposent près de 50 animations gratuites dans tout le département. Derrière ce festival grand public, porté par Fibois Auvergne-Rhône-Alpes et les Communes forestières du Puy-de-Dôme, une filière qui pèse lourd dans l’économie régionale, mais reste mal connue du public, assume sa démarche : se faire connaître pour attirer.
Un quart de la récolte régionale, et pourtant si peu visible
On associe spontanément le Puy-de-Dôme aux volcans, au pneumatique ou à l’agroalimentaire. Rarement à la forêt.
Les chiffres disent pourtant autre chose. Selon les organisateurs, les forêts couvrent un tiers de la superficie du département et génèrent plus de 4 700 emplois directs.
À l’échelle régionale, le poids est considérable. Michel Cochet, président de Fibois Auvergne-Rhône-Alpes et chef d’entreprise de la filière à la tête du groupe Bois du Dauphiné, avance plus de 60 000 personnes employées dans près de 20 000 entreprises, et une récolte annuelle proche de 6 millions de mètres cubes de bois.
Le Puy-de-Dôme y tient une place de premier plan. « Le choix du Puy-de-Dôme pour accueillir ces événements n’est pas un hasard : le département représente à lui seul environ 25 % de la récolte de bois régionale », souligne Michel Cochet.
Il rappelle aussi que le département concentre de nombreuses entreprises de récolte, de travaux forestiers et de sciage, en particulier à l’est, autour de Thiers, d’Ambert et de Saint-Germain-l’Herm.
Ce paradoxe est au cœur de l’événement. Une filière de ce poids économique reste presque invisible depuis les bassins urbains, là où se font les choix d’orientation et où se recrutent les talents.
Une filière qui assume son besoin de visibilité
Le président de Fibois ne cache pas l’enjeu. « Malgré son poids considérable dans l’économie régionale, la filière forêt-bois reste encore trop peu visible en Auvergne-Rhône-Alpes », constate-t-il.
Le déficit d’image est d’abord un déficit de connaissance des métiers. « Le grand public connaît mal les nombreux métiers et opportunités d’emploi qu’elle représente, quel que soit le niveau de formation, du CAP à l’ingénieur », poursuit-il.
Cette amplitude est un argument de poids, que la filière a tout intérêt à mettre en avant. Peu de secteurs offrent dans les territoires ruraux des débouchés allant de l’opérateur d’abattage à l’ingénieur forestier, en passant par le scieur, le charpentier ou le technicien de scierie.
Les Forestivités sont pensées comme une réponse directe à ce constat. « L’objectif est de permettre au public de rencontrer directement les entreprises et les organismes, institutionnels, environnementaux et autres acteurs de la filière, afin de mieux comprendre leur rôle et les enjeux auxquels ils répondent », explique Michel Cochet.
Un format venu d’Isère, un tandem taillé pour la filière
Le festival n’est pas une invention puydômoise. La première édition des Forestivités s’est tenue en Isère en 2022, à l’initiative de Fibois Isère et de l’association des communes forestières de ce département.
Le Puy-de-Dôme accueille du 17 octobre au 1er novembre 2026 sa propre première édition, sur un modèle déjà rodé ailleurs en Auvergne-Rhône-Alpes.
L’attelage est le même. D’un côté, Fibois Auvergne-Rhône-Alpes, l’interprofession régionale qui fédère les entreprises de la forêt et du bois et diffuse les bonnes pratiques en milieu forestier.
De l’autre, les Communes forestières du Puy-de-Dôme, association fondée en 2001 qui défend les intérêts des collectivités sur les sujets forestiers et les accompagne dans la valorisation de leurs espaces boisés. Elle compte cette année plus de 100 adhérents, des communes aux intercommunalités en passant par les syndicats de gestion forestière.
L’alliance a du sens économiquement. Elle réunit ceux qui transforment la ressource et ceux qui en possèdent et en gèrent une part importante. Quand ces deux mondes parlent d’une même voix, c’est toute la chaîne de valeur qui se raconte, de la parcelle à l’atelier.
Plus de 35 structures mobilisées, du chercheur au bûcheron
Le dispositif est large : près de 50 animations gratuites, ouvertes de 0 à 99 ans, proposées par plus de 35 collectivités, associations, entreprises et institutions réparties dans tout le département.
La journée inaugurale, samedi 17 octobre au pied du puy de Dôme, donnait le ton. Au programme, un village festif avec un espace pédagogique, un marché d’artisans, des démonstrations de tournage sur bois et de pose de tavaillons, ces bardeaux de bois fendu qui couvrent toitures et façades.
Le sculpteur sur bois auvergnat Jean-Pierre Coniasse y était attendu pour une démonstration à la tronçonneuse, aux côtés de la Compagnie théâtrale les Vaguabondes et du collectif de danse Velvet Dolls. Des jeunes plants étaient également distribués aux visiteurs.
Ce mélange de spectacle et de savoir-faire n’est pas qu’un habillage festif. Montrer le geste du tourneur ou du couvreur, c’est rendre tangible un métier que beaucoup n’ont jamais vu exercer.
Le bûcheron, un métier à débarrasser de ses clichés
Le rendez-vous le plus révélateur de l’intention des organisateurs se tient ce mercredi 21 octobre à Saint-Germain-l’Herm, au cœur de l’un des bassins forestiers cités par Michel Cochet : « Vis ma vie de bûcheron ».
Fibois organise ce format grand public depuis 2015, pour lever le voile sur un métier dont les réalités restent largement méconnues.
Le président de l’interprofession pointe précisément ce maillon. Certaines activités, « notamment l’exploitation forestière », font selon lui « encore l’objet d’idées reçues ».
C’est là que se joue l’enjeu économique du festival. Une filière ne recrute pas sur un métier que personne ne se représente, ou qu’on imagine à travers des caricatures. Exposer le quotidien d’un bûcheron, ses outils, ses contraintes et sa technicité, c’est préparer le terrain pour les vocations de demain.
Le dimanche 25 octobre, la Gare de l’Utopie de Vertolaye prolongera cette réflexion avec une rencontre autour des onze forestières et forestiers auteurs de l’ouvrage collectif « Forestièr-es », qui y livrent leur regard sur leur métier.
Drones, intelligence artificielle et recherche : une filière moins figée qu’on ne le croit
L’autre message du programme est celui d’une filière que Michel Cochet décrit comme composée d’« entreprises fortement modernisées ». Ce mardi 20 octobre, l’entreprise clermontoise Capillum interviendra au PIC.
Le lendemain, mercredi 21 octobre, Saint-Germain-Lembron accueillera un atelier consacré au drone et à l’intelligence artificielle.
Ces rendez-vous cassent une image tenace, celle d’un secteur cantonné à la tronçonneuse et au débardage. Les outils numériques entrent dans l’inventaire, le suivi et la gestion des massifs, et ce sont autant de compétences nouvelles que la filière devra attirer.
La recherche a aussi sa place. Ce mardi 20 octobre à Ceyrat, un atelier collaboratif réunira une chercheuse et un ingénieur de l’INRAE autour des effets du réchauffement climatique sur la forêt.
Le vendredi 30 octobre, Condat-lès-Montboissier proposera une initiation à la sylviculture, cœur technique du métier forestier, qui consiste à conduire les peuplements dans la durée.
Après l’été des incendies, une ressource sous pression
Le contexte donne au festival une résonance particulière. Les organisateurs le soulignent : cette première édition intervient au sortir d’un été où les incendies ont occupé l’actualité de manière préoccupante, après des vagues de chaleur qui ont rappelé la fragilité des massifs.
Pour la filière, ce n’est pas un sujet périphérique. Le dérèglement climatique touche directement sa matière première, et donc sa capacité à produire, à employer et à investir à long terme.
Michel Cochet inscrit d’ailleurs l’activité de la filière dans « les enjeux de gestion durable des forêts et de transition écologique », en insistant sur son rôle pour l’activité et le dynamisme des territoires ruraux.
Expliquer comment on gère, protège et renouvelle une forêt devient ainsi une manière de défendre la légitimité économique de son exploitation.
Les familles aussi dans le viseur
Le festival ne s’adresse pas qu’aux curieux de la filière. Une journée est consacrée ce lundi 19 octobre aux abords du lac d’Aubusson-d’Auvergne, après la visite de l’Arboretum de Haute Combrailles à Giat dimanche.
Le mercredi 28 octobre, le col de la Moréno accueillera une promenade intergénérationnelle pensée pour les grands-parents et leurs petits-enfants.
Ce choix n’a rien d’anecdotique. L’attractivité d’un métier se construit bien avant l’âge de l’orientation, souvent lors d’une sortie en famille. En visant les plus jeunes, la filière sème pour les recrutements de la décennie à venir.
Une opération d’attractivité assumée
Sous ses airs de fête populaire, cette première édition puydômoise relève clairement du marketing territorial appliqué à une filière entière. Elle montre les métiers, valorise l’innovation, explique la gestion forestière et installe la forêt dans le paysage économique du département.
Pour l’est du Puy-de-Dôme, de Thiers à Ambert, c’est aussi l’occasion de rappeler qu’un tissu industriel discret vit de la ressource locale.
Reste à savoir si l’essai sera transformé. La réussite d’un tel format se mesure moins à la fréquentation d’une quinzaine qu’à sa capacité à s’installer dans la durée, comme en Isère. D’ici au 1er novembre, une dizaine de jours restent pour juger sur pièces.