C’est Victor Berthon qui l’annonce. Le Sommet de l’Élevage 2026 vient de franchir un cap historique : plus de 100 000 m² de stands déjà commercialisés.
Derrière ce record, le directeur général adjoint de l’événement adresse un message clair à ceux qui voient encore l’agriculture comme une économie du passé.
« Cent mille mètres carrés de stands. Plus on répète ce chiffre, plus il me paraît irréel. » La phrase est de Victor Berthon, directeur général adjoint du Sommet de l’Élevage et patron du Comptoir des Éleveurs.
Et elle dit beaucoup de ce qui se joue à Cournon-d’Auvergne. Car ces 100 000 m² nets ne sont pas une performance d’organisateur. Ils sont devenus un argument économique.
Le problème que pointe Victor Berthon est simple : l’agriculture est trop souvent rangée parmi les « petits secteurs ».
L’action, c’est ce record commercial qui vient bousculer cette idée reçue. La transformation, elle, se mesure à l’échelle d’un territoire et même d’une nation. Le Sommet de l’Élevage 2026 raconte cette bascule.
Un record historique au cœur de l’Auvergne
Les chiffres donnent le vertige. Sur les 250 000 m² que déploie le Sommet de l’Élevage 2026, du 6 au 9 octobre à la Grande Halle d’Auvergne, plus de 100 000 m² nets de stands sont déjà réservés.
La commercialisation n’est même pas terminée. Avec 1 650 stands engagés pour un objectif de 1 800 exposants, l’événement n’a jamais autant attiré.
Pendant quatre jours, ce salon devient une ville éphémère. Plus de 50 000 personnes y sont attendues chaque jour, ce qui en ferait, le temps de l’événement, la deuxième plus grande ville d’Auvergne. Concours animaux, rings, plateaux TV, studios podcasts, espaces internationaux, 160 conférences : tout y est conçu pour faire affaire.
« 100 000 m² sont occupés par des entreprises qui investissent pour rencontrer des éleveurs, signer des contrats, lancer des innovations, recruter, exporter et défendre leur vision de l’agriculture de demain », explique Victor Berthon. La mécanique est limpide : on ne loue pas un tel espace pour parader, mais pour développer du chiffre d’affaires.
« Un euro sur cinq dépend de l’agriculture »
Victor Berthon assume une posture offensive. « À force d’entendre que l’agriculture serait un petit secteur, un secteur du passé ou une économie marginale, il devient nécessaire de remettre quelques chiffres sur la table », avance-t-il, avec l’image qu’il affectionne : remettre « l’église au milieu du village ».
Les données qu’il avance dépassent largement le fameux 2 % du PIB. La France reste la première puissance agricole européenne.
L’agriculture et l’agroalimentaire pèsent plus de 1,2 million d’emplois directs et indirects et près de 100 milliards d’euros d’exportations agroalimentaires chaque année. Et la filière irrigue bien au-delà des exploitations : agroalimentaire, tourisme, gastronomie, luxe, bioénergies, matériaux biosourcés.
Au total, l’impact réel se situerait entre 15 et 20 % de l’économie française. « Un euro sur cinq en France dépend de l’agriculture », martèle Victor Berthon.
Une réalité qui change la lecture du record du Sommet de l’Élevage 2026 : ces stands ne mesurent pas l’attractivité d’un salon, mais la vitalité d’un pan stratégique de l’économie nationale.
L’élevage comme question de souveraineté
C’est là que le propos prend une dimension politique. « Aucune grande nation ne peut parler de souveraineté, d’écologie, d’énergie ou même d’industrie sans parler d’agriculture », affirme Victor Berthon. Dans un contexte géopolitique incertain, il en fait « une priorité absolue ».
L’argument rejoint l’agenda national. La Loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture a été promulguée le 24 mars 2025, érigeant l’agriculture au rang d’intérêt fondamental de la Nation.
Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire, a lancé le 8 décembre 2025 les Conférences de la souveraineté alimentaire, dont la stratégie doit aboutir au second semestre 2026.
Car la puissance agricole française cache des fragilités. Selon Terre de Liens, le pays exporte la production de 43 % de ses terres tout en important l’équivalent de 10 millions d’hectares pour se nourrir, et reste dépendant sur les filières fruits, légumes et légumineuses. La souveraineté alimentaire n’est donc pas acquise : elle se construit. Et un salon comme celui de Cournon en devient l’une des vitrines.
150 millions d’euros qui irriguent le territoire
Reste l’effet le plus tangible pour l’Auvergne : l’argent qui circule. L’édition 2025 a généré 150 millions d’euros de retombées directes et indirectes, contre 60 millions estimés en 2024. Une progression spectaculaire qui profite à l’hôtellerie, à la restauration, aux transports et à l’ensemble des services de la métropole clermontoise.
Le terrain s’y prête. La région Auvergne-Rhône-Alpes compte 55 % de surfaces toujours en herbe, soit plus de 2,1 millions d’hectares fourragers, 9 815 exploitations bovines et 643 178 vaches allaitantes, soit 17 % du cheptel français.
La moitié des exploitations régionales sont spécialisées en élevage. La collectivité investit de son côté 130 millions d’euros chaque année pour l’agriculture et les filières.
L’édition 2025 avait déjà rassemblé 120 000 visiteurs et 1 770 exposants, dont 310 internationaux. En accueillant en 2026 le concours national de la race Limousine, le Sommet de l’Élevage confirme son statut de plus grand rassemblement européen consacré à l’élevage durable.
Au fond, ces 100 000 m² disent une chose simple, celle que résume Victor Berthon : « Derrière les tracteurs, les animaux et les bottes, il y a l’un des secteurs les plus stratégiques de la France. »
Le Sommet de l’Élevage 2026 ne sera pas seulement un record d’exposants. Il sera le rappel, à ciel ouvert, qu’une économie régionale peut peser dans une question aussi vaste que la souveraineté d’un pays.